|
Pourquoi, comment la France est-elle devenue la plus surp- renante usine à chômeurs du monde ? Pourquoi analyse-t-on ce phénomène selon des statistiques trompeuses depuis des années ? Comment de nombreux pays ont-ils vaincu le chômage ? Pourquoi la France fait-elle tout pour que le fléau s'amplifie, après une courte période d’accalmie, essentiellement liée à la conjoncture internationale, aux manipulations des statistiques et aux créations d’emplois fictifs ou publics ? Pourquoi notre pays ayant créé la pénurie d'emplois se résigne-t-il à partager un nombre réduit d'emplois à statut protégé, alors que les besoins insatisfaits n'ont jamais été aussi nombreux ?
Alors que l'Amérique résorbe régulièrement son chômage et a connu les deux plus longues période d'expansion de la seconde moitié du XXe siècle, la France conserve son chômage structurel et ne renoue pas véritablement avec la croissance. Quels facteurs décisifs expliquent cette différence ?
Déficit de cohésion et de puissance, incapacité à décider, marché du travail rigide, voilà les mots dont nous souffrons. Notre pauvre vieux pays ne sait coordonner que ses erreurs de politique macro-économiques.
L'auteur évoque une troublante
« Lotharingie », sommairement, Bavière, Hesse, Autriche, Suisse, Alsace et Lombardie qui, en réalité, ont échappé au chômage. Cette partie de l'Europe présente beaucoup de caractéristiques économiques de l'Amérique. Territoires difficiles, de traditions rurales, zones très capitalistiques, riches en moyennes et petites
|
|
entreprises, où l'on cherche son gagne-pain dans l'adaptation au marché, dans une écoute attentive du client et où l'on s'honore de respecter les commandes par une véritable éthique de l'effort. Pourtant ces régions versent de hauts salaires et produisent en monnaie forte. Mais aussi, elles ont échappé aux longues grèves et au face-à-face avec des professions syndiquées et opposées à la modernisation. Enfin, elles ont échappé à l'aide massive de l'état et à ses effets pervers. Des régions subventionnées, telles que, bassin nantais, midi agricole ou bassins miniers, ont eu, malgré ces subventions, beaucoup plus de peine à développer une industrie moderne. Ce sont les zones les plus aidées qui présentent le taux de chômage le plus élevé. Nous sommes donc moins performants par manque d'imagination, par négligence des techniques nouvelles, de mauvais choix de stratégie et surtout par la trop grande création d'emplois publics, ainsi que le maintien d'emplois condamnés, mais aussi à cause de coûts salariaux et d'une protection sociale délirante.
Chaque côté de l'Atlantique gagnerait à tenter d'implanter ce qui réussit de l'autre plutôt que de le diaboliser.
La France souffre de son excès de protection sociale et de ses gaspillages. La France espère s'en sortir par la diminution et le partage du temps de travail, c'est à n'en pas douter, un leurre. Le modèle anglo-saxon prévaudra et submergera nos emplois et notre état providence.
Les entreprises, toujours montrées du doigt, ne sont pas seules en cause. Les particuliers ou les collectivités participent avec constance au phénomène. Pourquoi le digicode remplace-t-il la concierge dans nos immeubles collectifs, le système d'alarme le couple de gardien dans les |
|
résidences secondaires, l'automate le pompiste dans les stations d'essence et la télé les fêtes de village ? Pourquoi l'excavatrice remplace-t-elle le cantonnier sur le bord des routes ? Ce n'est pas la faute de la concurrence internationale et toutes les sociétés ne font pas ce choix. Au Japon subsistent beaucoup d'emplois de liftiers, de porteurs dans les magasins et fournit un bon exemple.
Au plan des principes, l'Amérique préfère l'enrichissement collectif au partage. La France, elle affirme préférer le partage à l'enrichissement. Dans la réalité, les faits conduisent au résultat inverse. Il apparaît que c'est l'Amérique qui préserve le mieux la part des salariés. Aux États-Unis, le salaire moyen par travailleur à peu augmenté alors que l'emploi se développait beaucoup. En France, le coût du travail a beaucoup augmenté alors que l'emploi stagne ou régresse. La première formule se révèle plus favorable aux salariés au niveau macro-économique. Les pays dits « ultra-libéraux » ont attribué une part plus importante du P. I. B. aux salariés et partagé les fruits de la croissance entre un plus grand nombre de travailleurs que les pays « sociaux- démocrates » tels que la France.
|
|
|
|
|
Économiste, professeur des universités, membre du Conseil d'analyse économique, Béatrice Majnoni d’Intignano est connue d'un vaste public pour la justesse de ses analyses. Son expérience internationale renforce son diagnostic et l’intérêt de ses propositions.Ouvrage passionnant, qui devrait être le livre de chevet de tous nos dirigeants.
|
|
|
|
|
|
|