L'orthoghaphe en péril

L’école a mal à son destin.
Les élèves, dit-on, ne savent plus écrire correctement. Pis encore : ils peinent à la lecture.
A quinze ans, leur orthographe est affreuse. Des dizaines de fautes par page! A lire haut, on bégaie, on trébuche, on ahane, on échoue sur certains mots.
On ne respecte plus la ponctuation, ni les liaisons. En bref: on régresse !
C’est, du moins, le constat des uns. Les plus vigilants ! Ceux qui réclament un minimum de rigueur. La discipline !
Les autres, par intérêt, prétention, démission ou facilité, prétendent que l’école ne dérive pas de sa mission. Laquelle, en fait ? Ils taxent même les censeurs de nostalgiques aux abois…
Si on leur affirme que, de nos jours, on ne lit plus, à part le rose commercial, ou le croustillant, et les bulles des bandes dessinées, ils répliquent que, naguère, on ne faisait pas mieux avec les almanachs et les périodiques familiaux à la guimauve, le tout imprégné d’une morale faisandée. Dialogue de sourds ! Querelle stérile! Chacun campe mordicus sur ses positions…
Les comparaisons tendent à invalider les réalités objectives. Elles concernent des époques différentes, et des conditions de vie quasiment contradictoires… Bannissons-les de notre discours !
La mémoire précise cependant que, autrefois, la discipline régnait dans des classes de plus de quarante élèves ; qu’on y lisait facilement à dix ans, et que l’orthographe, en fin de scolarité – terminale aujourd’hui - , était correcte pour environ le 60 % des sujets. Elle ne l’est plus, actuellement, au même âge, que pour le 40 % … Et encore !
Première remarque:
les responsables de nos méthodes d’enseignement, toutes pédagogiques

Oubliant l’échec, en 1990 en France, de la Réforme Rocard, alors Premier ministre, la Suisse d’expression française a officialisé certains aménagements ortho- graphiques condamnés par l’Académie française. Elle a admis, par exemple, le féminin dans toutes les professions, les charges et les servitudes. Ainsi, on écrit: « La Cheffe du Département de l’Intérieur et de la Culture ». Mais, dans l’ambiguïté des genres, on continue à parler d’une recrue pour un conscrit, portefaix… neutre. Heureusement !

oiseuses y comprises, ont tendance à croire que l’orthographe est mineure par rapport à la syntaxe. Mais voilà : à apprécier honnêtement les rédactions de nos enfants, la grammaire n’est pas davantage honorée que le vocabulaire. Le style, d’ailleurs, s’élabore à partir d’un accouplement de mots correctement définis et écrits. Une succession de rythmes – ou de vocables – conçus sur une structure grammaticale précise, et respectueuse de ses règles.
Reste l’expression orale. Là, il y aurait, paraît-il, progrès…

On s’exprimerait mieux aujourd’hui que naguère. On nous serine que ce mieux proviendrait de la tolérance. Du tohu-bohu ! Je m’insurge contre de telles allégations. Le bien-parler ne s’apprend pas dans le vacarme des foires. On ne pense pas dans le chahut. L’indiscipline collective aboutit à l’anarchie… Fait avéré ! Ô combien !

L’admettre témoignerait d’un minimum de lucidité. Et de sagesse !
Le réfuter, c’est cautionner l’échec, et l’engendrer par le système ainsi avalisé inconsciemment…
Ne mélangeons pas, de grâce, le mieux-parler avec le franc-parler.
Ou la libre expression ! Le français n’est pas l’argot… Ni le franglais…
Une langue, quelle qu’elle soit, s’apprend, au début, par l’effort, la concentration. Une fois apprivoisée, elle devient source d’émerveillements et de découvertes. Symphonie et magie !
La faute adulte, donc la plus grave, est, par démagogie ou par obstination nuisible, de vouloir tolérer l’intolérable…

L’orthographe détermine le genre, dessine le visage (concret ou à imaginer) des mots. Ou leur motricité ! La supprimer équivaudrait à confondre les figures et à écrire, par exemple : « Le mètre à sorti le maître de son pupitre… » Cette aberration, risible à la lecture, n’apparaît heureusement plus à l’oral… Alors, on téléphone…
A tout prendre à bras-le-corps et à l’encan, je préfère encore la légère égratignure à la syntaxe, genre : « Aller au médecin… » Chez lui, au moins, on va pour apprendre à se soigner…

Maurice Métral.

AUTEUR : Notice Biographique

Maurice Métral est né en 1929 à Grône, village valaisan dont il est aujourd'hui bourgeois d'honneur. Il y apprend le métier de son père (charpentier), après avoir gardé les troupeaux dans la montagne. Parallèlement, les livres lui ouvrent de vastes horizons: son université. À dix-huit ans, il écrit et crée, dans sa bourgade, une pièce de théâtre: «Le Maître de la Terreur». Premier succès...
Puis il travaille dans les barrages, se marie à une Italienne du Nord. Une carrière exceptionnelle commence en 1955 : le charpentier devient professeur. Son premier roman paraît à Paris, préfacé par Gaston Picard, fondateur du Prix Renaudot. En 1960, il est professeur le jour et journaliste la nuit. En 1965, rédacteur en chef de la «Feuille d'Avis du Valais». Dès 1970, il se voue entièrement à l'écriture. Une oeuvre colossale s'accomplit: plus de soixante dix volumes: romans, essais, biographies, contes, pièces de théâtre, etc. Et dix mille chroniques publiées dans une cinquantaine de journaux et revues...
La consécration survient en 1966 : Paris lui décerne un Grand Prix du Roman pour «L'Avalanche». En 1969, l'Institut de France lui octroie son Grand Prix Michaut pour «La Clairière aux Pendus» - meilleur livre de l'année. Enfin, en 1977, l'Académie Française lui décerne son Grand Prix de Littérature pour «L' Appel du Soir». En 1971, le Gouvernement français lui remet les insignes de l'Ordre des Palmes Académiques. En 1979, il en est promu Officier. Le Ministre français de la Culture le fait Chevalier, puis Officier de l'Ordre des Arts et Lettres. Et le Jury de l' Association des Membres de l'Ordre des Palmes Académiques, répartis dans une centaine de pays, lui attribue, pour la première fois, le Prix des Littératures de langue française pour son roman «L'Etrangère». D'autres prix internationaux, des doctorats honoris causa ponctuent sa carrière...
L'Académie Française, enfin, a couronné l'ensemble de son oeuvre par le Grand Prix littéraire de la Francophonie, distinction consacrant pour la première fois un écrivain suisse. Ses romans atteignent un large public. Père de cinq enfants, Maurice Métral habite le village de Grimisuat, au-dessus de Sion. 1999 - Chevalier de la Légion d'Honneur 1990 - Fondateur et Président d'Honneur de la Section de Suisse de l'AMOPA (Association des Membres de l'Ordre des Palmes Académiques )