Naguère, le général de Gaulle raillait les euro enthousiastes en ces termes. Il les invitait ironiquement à ne pas confondre action et gesticulation. Au moment où les chefs d’Etat et de gouvernement des quinze pays composant l’Union européenne ont signé le traité de Nice, près de quarante ans plus tard, le chemin parcouru permet d’apprécier ce persiflage à sa juste valeur. Certes, la construction européenne a fait des progrès évidents. La Communauté s’est élargie considérablement. Ses membres formant désormais l’Union européenne ont harmonisé leurs économies, parfois leurs politiques. Ils ont renoncé, à bien des égards, à des pans de souveraineté. Une majorité d’entre eux ont adopté une monnaie unique, l’euro, symbole et moyen d’intégration réciproque. Ces réalisations sont significatives et autorisent un certain optimisme quant à l’évolution de cette œuvre historique, sans précédent. A l’échelle du temps, elles sont même remarquables. Malheureusement, ces progrès réels, ne permettent pas d’augurer d’un aboutissement du dessein initial. Nous sommes encore loin des Etats Unis de l’Europe. L’extension de l’Union, assurée par le traité de Nice, a toutes les chances d’entraîner une dilution, voire une régression de l’acquis. Loin de s’éloigner, le spectre de la zone de libre échange, souhaitée par les Anglo-saxons, est en voie de concrétisation. Alors que l’Europe des marchands est en marche, celle des citoyens s’embourbe et recule. Nationalismes anachroniques, égoïsmes nationaux, myopie politique, voire ambitions personnelles, tels sont les freins et obstacles qui retardent ou compromettent l’objectif à atteindre : une vraie Fédération des Etats européens politique, militaire, culturelle, économique et monétaire (ces deux dernières déjà à un stade avancé). La Suisse, dans l’incertitude, semble réticente à s’engager dans l’aventure. Il est vrai que les perspectives, pour elles, paraissent encore nébuleuses. L’hirondelle que représente l’euro, ne fait pas le printemps. Jean-Pierre FRANÇOIS
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