Guy Forget, un champion heureux sur les bords du Léman.

Gentillesse, affabilité, élégance, sont les qualités qui caractérisent Guy Forget, lorsque nous faisons sa connaissance dans un club de tennis non loin de Genève. L’itinéraire d’un enfant, très doué dans une bande dessinée tant l’outrance et la cadence des situations sont imbriquées.


Le Journal Français : En combien de temps devient-on champion ?
Guy Forget : il faut 10 ans de pratique intensive de tennis.

L.J.F : Comment avez-vous atteint de tels niveaux ?
G.F : dès mes quatre, cinq ans, mon père, professeur de tennis dans un club marseillais m’a initié à ce sport et dans ce club, devenu ma seconde maison, je n’ai plus arrêté de jouer et de développer mon esprit de compétition.

L.J.F : Evoquons un peu plus précisément votre itinéraire :
G.F : Je suis marseillais et me suis distingué dans les championnats nationaux à 12 ans. A 13 ans, je suis parti en pension à Nice pour suivre ma scolarité dans un établissement spécialisé où j’ai dû suivre un entraînement quotidien de trois heures y compris pendant les week-end. J’ai participé alors à des rencontres internationales ayant fait partie des cinq meilleurs joueurs de cette catégorie. Ensuite, à 14 ans, j’ai dû déménager à Paris et à l’Insep, les entraînements et les tournois ont augmenté en nombre et en fréquence et à 16 ans, je suis alors devenu champion de France cadet.

L.J.F : et vos études ?
G.F : Je les ai suivies par correspondance car mon entraînement me prenait cinq heures par jour à Roland Garros. Quand à 17 ans et demi, junior 2e série, j’ai battu des 1ère série, j’ai alors décidé de devenir un joueur professionnel et d’abandonner mes études.

J’ai décroché chez Mac Comarck mon premier contrat financier, à 17 ans, en 1982 et avec ma wild card à Roland Garros, à la surprise générale, j’ai passé trois tours en battant Nastase, 30e joueur mondial et en perdant honorablement face à Connors, le 1er joueur mondial. Tout en continuant les tournois juniors, je suis devenu champion du monde junior. J’ai ensuite passé près de 13 ans sur les circuits des grands tournois de la fédération mondiale de tennis jusqu’à 31 ans, âge auquel j’ai décidé d’abandonner la compétition en raison de blessures.

L.J.F : Quelle fut la meilleure année de votre carrière ?
G.F : 1991, l’année où l’équipe masculine, entraînée par Noah, a gagné la coupe Davis et l’année où j’ai remporté le tournoi de Bercy.

L.J.F : Et maintenant que faîtes vous ?
G.F : Je suis chargé de la sélection des joueurs et des joueuses de l’équipe de France et je suis le capitaine de l’équipe féminine en coupe Davis.

L.J.F : Quels sont les futurs champions français selon vous ?
G.F : Di Pasquale chez les hommes, Moresmo et Dechy chez les filles.

L.J.F : Le choix de vous expatrier en Suisse vous a t-il coûté ?
G.F : Non pas du tout. Ma femme est grenobloise et nous adorons tous les sports de glisse, comme le ski, le surf et le snow board. Je joue aussi au golf. Je suis heureux et ne souhaiterais pas vivre ailleurs. Nous avons fait ce choix en famille. Nous nous sommes faits des amis de nationalités variées qui aiment le sport et qui sont très ouverts. La vie en Suisse est très agréable, les Suisses sont plus respectueux des lois et de leur environnement que les Français. Dans les cantons de Genève et de Vaud, les habitants sont plus attachés à la propreté des lieux, aux limitations de vitesse, à fleurir leurs jardins. On sent les personnes moins stressées qu’en France et surtout moins jalouses de celles qui ont réussi.
Homme discret, Guy Forget est confiant dans l’avenir et heureux en famille. Appréciant la fondue aux cèpes arrosée de Fendant, ce Méditerranéen a bien fait souche sur les bords du Léman.

Propos recueillis par Anne-Marie Trémeaud