Requiem pour un septennat

Une exception française -qui n’en est d’ailleurs pas vraiment une- est condamnée à disparaître. Telle est la décision du Président de la République qui n’est pas tout à fait pour et du Premier Ministre qui n’est pas tout à fait contre. Quant au bon peuple, il est invité à ratifier, ce qu’il ne manquera pas de faire, par la voix d’un citoyen sur deux. L’autre citoyen ira à la chasse ou à la pêche. Tous deux vont sans doute s’interroger sur l’importance du sujet, soumis à leur appréciation.

Les têtes de l’exécutif -c’est ainsi que l’on désigne le Président et le chef du gouvernement en période de cohabitation- proposent chacune leur motivation officielle. Jacques Chirac affirme derechef y voir un grand pas en direction de la modernité. Lionel Jospin se réfère à son programme passé de candidat présidentiel, dans la continuation de ses illustres prédécesseurs. A l’arrière-plan se profile, à n’en pas douter, l’idée que le quinquennat réduira, sinon supprimera, le risque du régime de cohabitation, exécré par un président confronté à un gouvernement, issu d’une majorité parlementaire politiquement opposée à ses orientations. Pourtant la plupart des Français, à en croire les résultats constants des sondages, sont favorables à cette dichotomie. Paradoxalement, rien ne permet d’ailleurs d’exclure, grâce à la réduction du mandat présidentiel, le risque de résurgence d’une telle constellation. En votant “oui”, le peuple ne s’y trompera guère.

Certaines voix s’élèvent pour fustiger la proposition du quinquennat, en évoquant l’affaiblissement du pouvoir présidentiel. En vérité, ce sont des motifs étrangers au débat qui animent ces discours.

Au-delà de considérations tactiques et de préoccupations personnelles, le fond du problème ressortit à la pratique constitutionnelle. Dans la logique de la cinquième République, un Président désavoué par la majorité populaire, soit à l’occasion d’un référendum, soit à la suite d’élections législatives , devrait en tirer comme conséquence que son mandat a été résilié par le suffrage universel. Le Général de Gaulle a clairement tracé la voie.

Mais, tradition française oblige, pourquoi mettre l’église au milieu du village quand on peut faire autrement ?