Cassandre est aux abonnés absents. Nul n’est irremplaçable. Voici donc un lecteur qui offre sa contribution aux réflexions qu’inspire habituellement cette rubrique.

AVAU-L'EAU :

Plus personne n'ose parler de morale, aujourd'hui. Ce terme - ou cette vertu - devient à ce point suspect que l'on s'interdit de l'utiliser. On le relègue à sa portion congrue: la surface spirituelle. A défaut, qui prône la morale est automatiquement cataloguée parmi les intégristes, les passéistes, les intolérants, les fascistes..
Il est vrai que, dans une société matérialiste, parler de morale dans les affaires, dans la politique, peut paraître ambigu, abusif, pour qui sait - et nous le savons tous - que là où règne l'argent la morale n'a plus cours.

Quelle banqueroute:
Si l'on évoque la morale, il devient logique de pouvoir dénoncer ce qui est contraire à la morale, c'est-à-dire l'immoralité. Mais voilà: La morale - surtout celle qui devrait régir les moeurs - s'assouplit pour les uns et se durcit pour les autres. Alors, on lui octroie, à cette morale censée être universelle, un antonyme qui n'est plus immoral mais amoral. Cela signifie: morale parallèle. L'amoralité désigne donc, dans cette optique, une autre forme de morale. Dès lors, on préfère - et de loin - parler d'éthique. Sans connotation religieuse! L'éthique - ô paradoxe! - est pourtant synonyme de morale. Mais, dans l'usage courant, l'éthique détermine une manière de procéder selon une conscience qu'on peut ne pas avoir. En fuit, l'éthique se substitue à un trompe-l'oeil. On parle d'éthique professionnelle, politique, scientifique. Mais où est cette éthique quand, partout, les uns ne songent qu'à duper les autres. Les riches à exploiter les pauvres! Les scientifiques à manipuler la vie et la politique à gruger le monde. Si chaque individu, et chaque pays observaient cette éthique universelle, laquelle viserait, par exemple, à respecter les droits de l'homme, on n'aurait plus besoin d'armée, plus besoin de prisons, ni de justice, ni de police. Il n'y aurait plus de criminel, plus de voleur, plus de divorce, rien à se mettre, de corsé, sous la pupille à la télévision, ni en gras et en gros dans les journaux. En dehors, bien sûr, des avis mortuaires. En bref: nous vivrions le paradis sur terre. Mais on se souvient que, femme dans ce paradis-là, Eve n'est point parvenue à honorer son éthique. A bien analyser le mot - et le sort qu'on lui réserve, il vaudrait mieux le rayer de notre vocabulaire. Surtout lorsque l'on écrit ou que l'on dit: "Mon éthique me défend de.." On sait alors, à l'avance, que l'on s'apprête déjà à bafouer l'autre. Car l'éthique, si elle existait vraiment et en profondeur, coulerait de source.. Jadis, elle se situait dans une poignée de mains. Aujourd'hui, même paraphée noir sur blanc, elle est immuablement remise en question. . .Zieutez un peu l'éthique publicitaire! Elle se prélasserait dans tous les produits de consommation. Mais nulle part chez ceux qui les fabriquent. . .Eux, ils ne se soucient que des chiffres!
Où donc va la morale sinon à vau-l'eau...avec les phosphates, les nitrates, et toutes les autres pollutions additionnées.

Maurice Métral