Depuis quarante ans, Alain Peyrefitte n'a cessé d'occuper le devant de la scène : député, jeune ministre, chargé de postes importants - la Recherche scientifique, l'Education nationale, la Culture, la Justice -, député-maire de Provins, président du comité éditorial du Figaro, il appartient certes à l'establisment, mais aussi au paysage culturel et politique français.
Cependant, l'homme public, devenu si vite un homme d'Etat, a fait oublier le jeune écrivain, le conteur raffiné des Roseaux froissés, l'essayiste qui, à vingt ans, s'était mesuré au Camus du Mythe de Sisyphe (dans le Mythe de Pénélope). Il a fallu la (petite) traversée du désert d'après Mai 1968 pour lui permettre de renouer avec sa vocation première : la littérature. Ce n'était plus la fiction, c'était alors l'enquête, historique et sociologique : «Quand la Chine s'éveillera» fut un coup de tonnerre dans l'édition, avec des traductions multiples (1973). Trois ans après, nouveau coup de foudre avec «le Mal français».

Trente ans plus tard

Alain Peyrefitte, en retrait de la politique (mais encore sénateur), arrive à l'étape ultime, celle des cours au Collège de France, des grands colloques et des oeuvres complètes. On mesure, en relisant ces ouvrages parfaitement maîtrisés (trop maî-trisés, parfois), que l'ambition de l'auteur n’était pas politique mais intellectuelle. Né dans une famille d'enseignants, entré tout jeune à Normale sup, il aurait pu rester à l'université, et il aurait comblé les siens en partant d'une khâgne provinciale pour aboutir au Collège de France.

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Pierre de Boisdeffre