Il a toujours une idée, un projet, un concept à vous placer. Son débit de paroles, d’anecdotes et de litotes, est si savoureux qu’il vous convainc d’acheter. L’œil bleu changeant comme le Leman : une gueule qui hésite entre David Bowie et le Petit Prince ; cet éternel ado est un vendeur né !

" J’ai grandi à Colmar dans une jolie petite maison, dans un joli petit lotissement que mes parents gagnaient à la sueur de leur front ", sourit Jean-François Acker en songeant à cette époque alsacienne d’après-guerre. Rêves d’évasion. A dix-huit ans, il aimerait être pilote, mais ses parents, horloger et chanteuse d’opéra, n’ont pas les moyens de lui en payer la formation. Alors, il poursuit sa marotte pour le théâtre à l’Ecole de Strasbourg. Une fois le comédien patenté, encore reste-t-il à manger à sa faim. Mieux que les petits rôles occasionnels, le porte-à-porte nourrira son homme qui vendra indifféremment machines à laver ou à coudre, voitures, encyclopédies et maisons en Haute-Savoie. C’est alors qu’il débarque à Genève pour y jouer pendant trois ans les jeunes premiers au Casino Théâtre et assurer des émissions au cachet sur les ondes romandes.
Au début des années 70, Jean-François ACKER secoue le cocotier de la Radio romande en donnant un coup de jeune aux émissions matinales. Animateur à tout faire et comédien, il y introduit le virus du rock et convainc par ses émissions originales. En 1980, premier coup de maître : il élabore la toute nouvelle chaîne FM de Couleur 3. Au début, ce n’est qu’une " expérience " tolérée par le Conseil fédéral pendant quinze jours. Or, le succès est énorme. Cinquante mille lettres parviennent à la rédaction. Durant cinq ans, ACKER fait la preuve que les jeunes existent bel et bien en Suisse romande. La démonstration sera récompensée par le Prix de la Communauté internationale de radios et de télévisions en 1985. " Voilà. J’avais ouvert un hôtel, il ne me restait plus qu’à partir ". Il ne le fera pas sans voir contribué encore à la mise sur pied de Radio Lac.
Avec son fils, qui a alors six ans, il part une année en roulotte à travers la France. Puis, il roule sa bosse en Asie, vit à Singapour, vend de l’information aux agences de presse philippines. Un jour, il reçoit là-bas un téléphone de Guillaume Chenevière qui lui propose de prendre la tête du Département art et société de la TV romande. Retour à Genève pour la grande tour en 1988. " Ça ne s’est pas bien passé du tout ! Le personnel et la direction formaient un vieux couple. Ils m’ont choisi comme amant pour se changer les idées, jusqu’à ce qu’ils réalisent qu’ils n’avaient pas besoin de ménage à trois ! ". Traduire : Jean-François ACKER est du genre courant d’air qui décoiffe, bonjour les mises en plis ! Le frisson aura duré trois ans. Il quitte la télé en laissant derrière lui au moins un bon souvenir : la nouvelle ligne graphique de la télévision.
Un instant, le fougueux ACKER rêve de se faire une place à Paris. Dès 1990, il sera directeur des programmes de Oui FM, puis de Radio Nova avant de collaborer à Canal + et de devenir directeur de développement aux éditions de BD les humanoïdes Associés " C’était la galère. J’y suis devenu un véritable mercenaire des médias ".
Mais il n’a pas le temps de se décourager : Cyril AZZAM et Gérard SCHOCH, avec lesquels il avait monté Radio Lac, le réclament pour contribuer au lancement de la télévision locale Léman Bleu. " Mon projet de départ était de sillonner le canton et la France voisine avec un car équipé de caméras vidéo. C’était trop cher ". Le vingt et un octobre dernier, Leman Bleu a fêté sa première année d’existence. Cette télévision de proximité, dans laquelle la Ville participe à raison de 300'000 francs à côté d’actionnaires particuliers, dont la Tribune de Genève, " tourne " avec un budget de deux millions. Ce n’est pas la lune, loin de là. Or, la lune, il finira par la décrocher, en devenant, dès 1999, directeur de la Radio France Internationale.