Lors de deux récents référendums, le peuple suisse s’est clairement prononcé en faveur du développement du rail. Quelles pourront être les conséquences pour la France ?

Le 27 septembre dernier, c’était l’adoption de la “Redevance poids lourds liée aux prestations” (RPLP); celle-ci tendra à freiner le trafic de transit; les deux-tiers des recettes seront consacrés aux infrastructures ferroviaires.
Le 29 novembre, les Suisses se prononçaient pour un ambitieux programme de projets ferroviaires : 30 milliards de Francs Suisses étalés sur plus de 20 ans.
Les nouvelles liaisons ferroviaires alpines (NLFA), avec deux nouveaux tunnels au Lötschberg et au Gothard, offrent la réponse de la Suisse aux pressions de l’Union Européenne en faveur du transit des poids lourds : ceux-ci devront prendre le train ! La poursuite du programme Rail 2000 permettra l’amélioration du service offert par les transports publics avec une meilleure utilisation du réseau ferroviaire. Un troisième poste concerne la lutte contre le bruit des chemins de fer.
Enfin, 1,2 milliards de Francs Suisses
seront affectés aux liaisons avec le réseau européen à grande vitesse qui se développe autour de la Suisse, en Allemagne, en France et en Italie.

La France contournée ?

Les deux futures traversées alpines suisses ont pour but de transférer sur le rail une part importante des échanges entre l’Europe du Nord et l’Italie.
L’appel de ces deux “corridors” peut détourner un trafic utilisant les traversées alpines françaises. Le projet franco-italien de tunnel de 50 km sur l’axe Lyon - Turin devrait être renvoyé au-delà de 2020. D’ici-là, c’est l’itinéraire actuel par le tunnel du Fréjus qui sera utilisé et amélioré.


Le réseau français bénéficiaire ?

Lié initialement au projet “Lyon - Turin”, une ligne à grande vitesse dite du “sillon alpin” devait relier Chambéry, Annecy et Genève; ce projet coûteux est abandonné, là encore au profit de la rénovation des itinéraires existants.
Mais c’est surtout le volet “liaisons avec le réseau européen à grande vitesse” qui pourra apporter de substantielles améliorations.
La répartition de l’enveloppe de 1,2 milliards de Francs Suisses entre les différents projets possibles doit maintenant faire l’objet de négociations internationales; une part importante devrait être consacrée aux liaisons avec le réseau français, essentiellement sur les deux axes déjà desservis par les TGV : Paris - Genève et Paris - Lausanne et Berne.
Des travaux d’infrastructure et l’utilisation éventuelle de matériel pendulaire devraient permettre Paris - Lausanne en-dessous de
3 h 30, et Paris - Berne en moins de 4 h.

Sur Paris - Genève, la France a déjà choisi de raccourcir le trajet de 49 km en réhabilitant la ligne dite du “Haut-Bugey” ou des “Carpates”, entre Bourg-en-Bresse et Bellegarde. Le trajet pourrait être ramené à moins de 3 h.

Un hiatus à Genève !

Reste un problème que le vote du 29 novembre n’a pas réglé : celui de la liaison, à Genève, entre le réseau suisse et le réseau français de Haute-Savoie, entre Cornavin et Annemasse. Cette liaison, prévue depuis le début du siècle, a été partiellement entreprise après 1945. Il reste à combler un hiatus de
3 kms entre les gares de La Praille et des Eaux-Vives.
Récemment, afin de réutiliser l’actuelle ligne SNCF Eaux-Vives - Annemasse pour y installer un tramway, le Conseil d’État genevois a proposé de faire cette liaison par le sud du canton, entre La Praille et le pied du Salève. Le Grand Conseil genevois a demandé, en juin 1998, une étude comparative des deux projets. Le chemin de fer pourrait bouger à Genève dans les années qui viennent.
ALP-Rail:
une association transfrontalière

L’Association Lémanique pour la Promo-tion du Rail soutient le projet La Praille - Eaux-Vives, évoqué plus haut, comme clef de la rénovation du chemin de fer dans la région genevoise franco-suisse et pour faire de Genève une étoile ferroviaire européenne et non un cul-de-sac. Côté français, ALP-Rail est en faveur de la rénovation des “Carpates” et du “Tonkin” (Évian - St Gingolph) et d’une rénovation du rail en Haute-Savoie.
ALP-Rail, association à vocation internationale, est donc organisée des deux côtés de la frontière avec des adhérents individuels et des membres collectifs, comme des communes ou des syndicats.

En Suisse :
ALP-Rail
127 Petit Bel Air, 1226 THONEX

Michel Compte