La reine nue
La cour de Davos s’est dispersée. Roi, courtisans et valets ont retrouvé leurs foyers, châteaux ou chaumières, c’est selon. La fête s’est achevée en auto-félicitations émerveillées devant tant de sagesse, décrétée par l’enfer des bonnes intentions. Le dixième de l’humanité en sort réconfortée, les neuf autres dépouillés du peu d’espoir, secrété par la religion. Les grands de ce monde persistent à adorer le veau d’or, “ pourvou que ça doure “. Nul ne se soucie vraiment du sort des milliards de pauvres, sous-alimentés sinon affamés, privés d’éducation, donc veufs d’avenir. La principale préoccupation de ces décideurs, comme ils s’intitulent eux-mêmes, est l’évolution des cours de bourse, les bas taux d’intérêt, et leur propre présence dans les médias où ils plastronnent avec leurs prophéties.
Nul ne se soucie vraiment du sort des milliards de pauvres...
L’histoire du vingtième siècle devrait pourtant sonner l’alerte. A plusieurs reprises, bien que derrière des emblèmes différents, les déshérités se sont révoltés dangereusement. Le marteau et l’enclume ont plongé une importante partie de l’humanité dans l’obscurité du totalitarisme et terrorisée l’autre pendant plus d’un demi-siècle. La croix gammée a entraîné l’un des peuples les plus civilisés d’Europe dans une croisade contre la ploutocratie qui s’est terminée en holocauste. Plus récemment, un visionnaire musulman a mobilisé, derrière le croissant sur fond vert, des centaines de millions de ses coreligionnaires et sympathisants, dans une révolution dirigée contre l’Occident égoïste et jouisseur, dont les feux ne sont pas encore éteints. Et le développement irrésistible des moyens d’information ne fait qu’amplifier ces vagues.
Il est grand temps d’ouvrir les yeux et de changer d’objectif. Il ne suffit plus d’abaisser les pont-levis pour défendre une citadelle en sursis. Davos, la reine, après avoir perdu son âme, y laissera
son trône.
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