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Le porte-avions Charles-de-Gaulle

une illustration du savoir-faire français au service d’une nouvelle stratégie de défense: prévenir les conflits plutôt que faire la guerre.

P
our continuer à préserver son indépendance et sa souveraineté, la France relevait en 1986 un audacieux défi: lancer son premier porte-avions à énergie nucléaire (et la conception d'un nouvel avion de combat multirôle, le RAFALE) lequel appareillait pour la première fois en septembre 1998.
Le Charles-de-Gaulle est le douzième porte-aéronefs construit par la France depuis la transformation, en 1911, de la Foudre, un torpilleur de poche. Seuls les Etats-Unis, à la tête de dix porte-avions, possèdent, comme la France, des unités capables de mettre en l'air des avions de combat similaires à ceux de l'armée de l'air.
Par sa conception, par ses performances, par la sophistication de ses systèmes, le Charles-de-Gaulle surclasse ses prédécesseurs. Il est destiné à se substituer au CLEMENCEAU en 1999. Son pont d'envol de 12000 m2 a une superficie de 50% supérieure à celle du FOCH, le dernier porte-avions de la Marine Nationale, entré en service en 1963 et s'inscrit dans la perspective d'un programme de défense parfaitement adapté aux réalités géopolitiques contemporaines.

Le fruit d’un partenariat industriel multiple:

La taille du programme, la complexité des systèmes à intégrer, ont nécessité l'intervention de plus de 1000 entreprises, de la PME aux plus grands industriels en majorité français, européens, quelques fois américains. Le Charles-de-Gaulle est doté d'une puissance de calcul et de détection plus de 100 fois supérieure à celle de ses aînés.

Propulsion nucléaire:

des réacteurs de conception française unique au monde élaborés pour la nouvelle génération de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE).

Les premières interrogations ont porté sur la manière dont serait produite - sous forme de vapeur - la quantité énorme d'énergie nécessaire à l'électricité pour usage domestique, à la propulsion du navire et au catapultage des avions. De grandes quantités de vapeur sont indispensables pour mettre en oeuvre les deux catapultes de 75 m, capables de projeter à plus de 250 km/h des avions de 20 à 25 tonnes, à la cadence d'un avion par minute et par catapulte.
Les deux chaufferies nucléaires indépendantes, alimentant chacune une ligne propulsive, assurent au Charles-de-Gaulle d'atteindre son régime de croisière en moins de sept minutes, une autonomie illimitée et un disponibilité sans égal permettant d'intervenir partout dans le monde. En effet, le combustible nucléaire embarqué pour une période (théorique) de 20 ans, représente l'équivalent de 1,5 milliard de litres de combustible pétrolier. Par ailleurs, le faible encombrement des réacteurs nucléaires autorise un chargement important de carburant pour aéronefs de bord et la possibilité de stocker également du gazole permettant ainsi au Charles-de-Gaulle de ravitailler en mer ses propres bâtiments d'escorte, «ses anges gardiens», qui n'ont pas, eux, l'autonomie permise par l'énergie nucléaire.
Vitesse annoncée du Charles-de-Gaulle: 27 noeuds (50 km/h) soit 5 noeuds de moins que le FOCH. Mais apparemment le plus important n'est pas la vitesse, ce qui compte, c'est la mise en oeuvre des avions et grâce à un système de stabilisation unique au monde (ailerons fixés à l'avant du bâtiment) et d'un dispositif de transfert de masses dont l'action est coordonnée par l'intelligence d'un calculateur réduisant les mouvements de plate-forme qui permet la mise en oeuvre d'avions plus lourds que sur le FOCH, lesquels pourront ainsi décoller et atterrir par des mers de force 5/6 (55/60 km/h).

Conduite d’opérations aéronavales:

La plate-forme et ses installations d'aviation sont conçues pour mettre en oeuvre 40 aéronefs pouvant intervenir dans un rayon d'action très étendu. Une cinquantaine de RAFALE DASSAULT avions de chasse «multirôles», sera prochainement affectée à la Marine en remplacement des aéronefs SUPER ETENDARD.

Ont fait l'objet d'un soin particulier au niveau des conditions de logement, des moyens d'information, de l'aménagement des espaces de vie notamment pour l'insonorisation, le conditionnement de l'air, la décoration, la préservation de l'environnement et la valorisation des tâches (automatisation).
Le Charles-de-gaulle est une «ville flottante» haute de 75 m (soit un immeuble de 25 étages) déplaçant 38 000 tonnes, longue de 261,50 m, d'une largeur de 64.50 m, contenant 2600 locaux, 1300 km de câbles et 300 km de tuyauterie, une capacité d'hébergement où peuvent cohabiter, en autonomie, pendant 45 jours, 2000 personnes, un équipement pouvant servir 6000 repas par jour, un hôpital de 620 m2 comprenant 50 lits, trois médecins, neufs infirmiers et un dentiste ainsi qu'une équipe de 130 marins-pompiers prêts à intervenir en 2 minutes en tout point du porte-avions.

Une avance technologique décisive:

La plupart des moyens installés à bord du Charles-de-Gaulle sont le fruit de recherches très avancées de nos chercheurs grâce auxquels la France peut garantir sa sécurité en parfaite autonomie, une liberté d'action et demeurer au Conseil de Sécurité de l'ONU un membre crédible dans sa capacité matérielle à prévenir les crises.
Mes chers lecteurs, je vous souhaite d'excellentes fêtes de Noël et de fin d’année et que 1999 vous comble de tous les voeux que je forme pour vous.

Yves Donin de Rosière


Conseiller du Commerce de la France en Suisse
Cet article a pu être réalisé grâce aux données
fournies par la Direction des Chantiers Navals