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L’an 2000 c’est quoi ? |
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Mais non, vous n’y êtes pas ou vous le faites exprès: c’est le début du troisième millénaire. Du troisième millénaire de quoi? Ah oui, de l'ère chrétienne ou plutôt du calendrier grégorien adopté en 1582 et dont l’année d’origine est parfaitement arbitraire. Mais cette année d’origine étant la première soit l’année «un», l’année deux mille n’est que la dernière du vingtième siècle ou, si l’on veut, du deuxième millénaire. Mais tant pis pour l’erreur, on pourra refaire la fête du troisième millénaire le 1er janvier 2001! Sauf que les chrétiens orthodoxes attendront dix jours pour entrer dans ce troisième millénaire, que les juifs sont déjà au cinquième millénaire et que les musulmans doivent attendre encore quelque 580 ans pour arriver à «leur» troisième millénaire; et ne parlons pas des Chinois, des Japonais et de tous les autres qui ne mesurent pas comme nous. Car c’est bien là un exemple de plus - de trop? - de l’outrecuidance de «l’occident» que de vouloir imposer un de ses fantasmes au monde entier. Le calendrier grégorien est utilisé partout, par commodité; comme l’est la mesure du temps en heures, minutes et secondes ou le système métrique; mais il n'est qu'un outil, un langage commun. Pas plus qu’on ne songe à faire du mètre, du kilogramme ou de l’heure des entités symboliques pourquoi le faire avec une année particulière? Comme quelqu’un qui fêterait, avec ses amis, ses vingt ans ou ses cinquante ans ou n’importe quel anniversaire, l’occident chrétien fêtera ses 2000 ans avec le monde entier. C’est sympathique un anniversaire, mais c’est plutôt intime et il n’y a pas de quoi en faire tout un plat. Sans oublier qu’on peut aussi fêter son «non-anniversaire» comme dans Alice au Pays des merveilles. Mais il est vrai que, depuis des années, l’an 2000 est, ici, identifié au progrès, à une sorte d’apogée du progrès. Cette année a été utilisée comme référence pour faire l’inventaire des bienfaits qui devaient nous y attendre. Bien sûr, la science et la technique devaient en être les pourvoyeurs. Mais, maintenant que nous avons le nez dessus, nous pouvons apprécier ce qu’il en est de ces bienfaits. Le «progrès» ne va pas aussi vite que peuvent l’imaginer les «futurologues» - dont on ne remet jamais en cause les prévisions pas plus que celles des astrologues - ou il se fait dans d’autres directions, pas forcément souhaitées. L’an 2000, dernière année d’un vingtième siècle qu’on nous annonçait plein de promesses verra-t-il la réalisation de toutes celles-ci? Il reste peu de temps. Et si nous pouvons identifier des progrès réels - encore que la liste varie d’un observateur à l’autre - l’état du monde, après ce siècle marqué par deux énormes guerres et plusieurs centaines de conflits plus «mineurs» sans parler des crises, politiques, économiques, monétaires ou «de société» - n’a rien de l’espèce de jardin d’Eden que certains nous annonçaient. Et le passage au siècle - ou au millénaire - suivant ne changera rien d’autre que le calendrier sur le mur. Le cheminement de l’humanité est lent, très lent, long, très long et complexe voire compliqué. Ce sont les hommes qui font l’histoire mais ils ne savent pas quelle histoire ils écrivent; avec le recul, on arrive à identifier des périodes, des années, voire des dates clefs (encore que, là aussi, les appréciations varient) mais valoriser à l’avance telle ou telle année, c’est prendre de gros risques et c’est, en plus, parfaitement inutile. Mais, bien sûr, fêter l’an 2000 cela va bien à notre société de futilité et d’apparence. Alors bonne année … 1999. Michel Comte
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