Titre

Devoir d'éminence

C
inq millénaires de civilisation judéo-chrétienne imposent des devoirs, notamment celui de dépasser le niveau de la vulgarité. Or, il est triste d'avoir à constater quotidiennement à quel point ce postulat est ignoré. Le conflit entre banques helvétiques et victimes de l'Holocauste - et son récent règlement financier - en est l'affligeante illustration.
L'attitude, dans ce contexte douloureux, des plus hautes instances du pays souligne, si besoin était, le niveau lamentable de la perception du sujet. Fors quelques voix isolées de moralistes et polémistes qui tentent d'élever le débat, l'écho général ne révèle que la basse préoccupation quantitative, le combien plutôt que le pourquoi. Le chiffrage du coût par habitant, de ce que beaucoup considèrent comme extorsion, au mieux, le souci de calculer le prix de chaque mort ou le profit de chaque survivant sont les critères d'appréciation de l'événement qui a mis à nu un comportement soigneusement dissimulé.

Le vrai visage de la Suisse officielle des années noires

Rares sont ceux, surtout parmi les élites, disposés à évoquer, dans le miroir de l'Histoire, le vrai visage de la Suisse officielle des années noires de la barbarie germanique. Du sinistre «J», stigmate proposé par Berne aux nazis, pour discriminer les émigrants juifs, en passant par les collusions financières et économiques avec les dictatures de l'époque, on aboutit à la complicité d'assassinat de milliers de réfugiés refoulés ou livrés à leurs bourreaux.
Que telle grande banque sacrifie le dixième de son bénéfice annuel à réparer ces crimes que l'Etat feint d'ignorer et refuse d'assumer, est considéré par beaucoup de hauts responsables comme rançon d'un chantage, payée pour acheter une paix, troublée injustement. Ces clameurs, il est vrai, sont parfois atténuées par de discrets regrets, plus souvent afférents aux découverte et révélation des fautes du passé que pour manifester un sentiment de résipiscence.
Sept cents ans d'Histoire, est-ce insuffisant pour transcender une civilisation matérielle par une dimension morale à sa mesure?

J. P. François


Titre
Apprentis sorciers
P
armi les apports civilisateurs du XXe siècle, la promotion des femmes dans la vie professionnelle et publique est l’un des plus positifs. Auparavant, l’intuition et la sensibilité féminines ne pouvaient s’exprimer que dans la vie familiale, ou plus rarement, dans le domaine littéraire. La femme était reléguée au rang d’accessoire, tout au plus celui de souffleur au théâtre de la politique ou du monde des affaires.
Il n’en est plus ainsi grâce au courage et à l’obstination de quelques pionnières et à l’ouverture d’esprit d’hom-mes d’Etat, ici et ailleurs, qui surent mesurer l’importance et l’impact de la présence et de la contribution féminines dans l’exercice des plus hautes responsabilités. La démocratisation de l'enseignement a, pour sa part, largement concouru à l’évolution des mentalités ségrégationnistes.
A notre époque du sondage-roi, la conquête des voix d’électrices potentielles semble pousser la classe politique vers des projets démagogiques, propres à menacer une démocratie déjà fragilisée, en France, par une désorientation des citoyens, déconcertés par l’accélération du progrès technologique, la complexité des problèmes, le matraquage médiatique, et, pourquoi pas le dire, par les «affaires multiples», sape de la confiance en leurs élus.

Menaces sur la démocratie

Ainsi, les plus hauts responsables de l’Etat projettent d’institutionnaliser la parité hommes-femmes dans le domaine de la représentation politique, voire d’en faire une règle dans l’ensemble des activités sociales. Une telle contrainte serait ancrée dans la Constitution, à modifier à cette fin.
Loin de réaliser un équilibre, sans doute souhaitable, mais qui ne peut être que le fruit d’une évolution naturelle, basée sur la sélection en fonction des aptitudes, l’ukase concocté aboutirait au déni de la démocratie. C’est, en effet, la condamnation de l’individu au profit d’une catégorie imposée, ce qui revient à remplacer la liberté de choix par un déterminisme précontraint. Sous prétexte d’égalité ou de justice, la réforme constitutionnelle proposée ouvre la voie à une perversion qui pourrait préfigurer un totalitarisme sous-jacent.
Gare aux apprentis sorciers!
Le trop, nul ne l’ignore, est l’ennemi du bien!