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Morceaux choisis
de Jean-François Revel de l’Académie Française: |
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Pour cette raison, les dirigeants libéraux disent qu’ils vont appliquer une politique libérale sans toucher aucun des privilèges et aucun des bastions socio -professionnels qui résultent de l’étatisation de l’économie française. Ils sont à la fois libéraux et dirigistes. Et inversement, les socialistes et les communistes veulent renforcer le rôle de l’Etat. Le programme actuel inspire la consternation. Il semble que la France soit le seul pays au monde qui n’ait absolument rien compris à ce qui s’est passé sur la planète depuis vingt ans. En Italie, Massimo d’Allema, le leader du Parti communiste, prend la tête des réformes du système des retraites, de telle sorte que les agents du service public veuillent bien accepter de ne plus prendre leur retraite à cinquante ans. Nous sommes choqués par toute une série de déformations de la vérité. Quand on dit qu’il faut rompre avec l’ultralibéralisme, c’est tout-à-fait absurde. Parler de politique ultra-libérale en France, dans une économie où 55 % du produit national brut est contrôlé par l’Etat, c’est se moquer du monde. Lorsque l’on prétend que les impôts sont injustes parce qu’ils touchent les salaires plus que le capital, c’est aussi faux. En fait, la moitié des Français ne paie pas d’impôts directs sur le revenu. Nous sommes le seul pays au monde où l’on commence à payer l’impôt sur le revenu à partir d’un certain stade. Quant à l’impôt concernant le capital, dans les trois quarts des cas, il s’agit d’épargne provenant de revenu déjà lourdement imposé, les neuf-dixièmes des portefeuilles en Bourse actuellement oscillent entre 80000 et 120000 francs. Les grands capitalistes sont partis à l’étranger depuis longtemps, le peu restant part tous les jours, entraînant une grave hémorragie des capitaux, des investissements, des entrepreneurs et des cerveaux. Les replis que nos gouvernants ont faits, proviennent beaucoup plus des coups qu’ils ont reçus sur la tête que d’une réflexion autonome. Leurs discours relèvent de l’archéologie intellectuelle. Notre gouvernement pense encore que l’on fait marcher l’économie à coups de subventions. Quand il parle d’Europe sociale, il veut en réalité étendre à l’échelle du système européen, le système qui prévaut en France. Autrement dit, les pays qui ont des revenus par tête inférieurs à ceux de la moyenne doivent, non pas profiter de cet immense marché, mais d’une subvention qui comble la différence. Actuellement, l’Europe verse chaque année des sommes très élevées à la Grèce. Cet argent sert en fait à combler les déficits du Trésor public grec. Entre 1981 et 1984, le nombre de chômeurs a augmenté de 1 300 000. C’est à ce moment-là que se sont répandues dans toutes les rues des armées de mendiants. Lorsque l’on entend dire que nous ne pouvons pas accepter l’exclusion, on a envie de répondre qu’elle s’est essentiellement développée durant cette période. Il ne faut pas s’étonner alors que la France soit le seul pays où le chômage continue de stagner. La pseudo embellie actuelle est liée à la conjoncture porteuse internationale et à la création d’emplois «bidons» à la charge du contribuable. La rechute sera inéluctable à la première alerte de l’économie mondiale. Les Français n’arrivent pas à choisir entre une politique et l’autre. Ils voudraient tous les avantages du libéralisme, et aucun de ses risques, et tous les secours de l’étatisme sans avoir à en supporter le poids. Les agriculteurs, par exemple, veulent bien de l’Europe quand elle consiste à recevoir des subventions de Bruxelles. Mais ils n’en veulent plus quand elle consiste à respecter la liberté du commerce à l’intérieur de la Communauté européenne. Jean-François Liess
Cercle de la Cheminée. Cercle de réflexion économique et politique. |