isparue des rives françaises du Léman depuis plus de 50 ans, la barque du Léman -ou de Meillerie- laisse une image très forte dans la région. C’était un bateau original et particulièrement esthétique. Au titre d’outil de travail, témoin marquant d’une époque, il fait partie du patrimoine savoyard.
Une association lance un appel à toute la région: rendre aux rives du lac le plus beau bateau de leur histoire.
Pourquoi un tel projet ?
Reconstruire aujourd’hui une barque du Léman, c’est d’abord un geste de respect pour notre région, pour les hommes et leur passé, et c’est aussi une part de mémoire offerte aux générations à venir.
C’est surtout, nous semble-t-il, le meilleur moyen, pour une région, d’affirmer à la fois son esprit d’entreprise et son attachement à sa propre histoire. Porteur d’une image très forte, un tel bateau, par son impact émotionnel et esthétique, est certainement un support médiatique efficace.
Une barque du Léman, c’est aussi un atout touristique de premier plan pour la région. Symbole de qualité de l’environnement et d’authenticité, il répond aux nouvelles exigences du public et permet de mettre en valeur les communes riveraines, de créer diverses animations locales, d’ouvrir la vie culturelle et de favoriser le développement d’un tourisme axé sur le patrimoine lémanique.
Enfin la reconstruction, en elle-même, est un projet culturel à lui seul, dont il faut apprécier l’ampleur et la portée, le lieu de construction devenant un point de rencontres et d’animations pour tous.
Les barques du Léman ont disparu parce qu’inadaptées face aux chalands à moteur et à cause de la disparition de leur activité propre: le transport des pierres. C’est avant tout en tant qu’image de notre culture, en tant que patrimoine commun à tous les riverains du Léman que cette reconstruction est envisagée.
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Un peu d'histoire
L’épopée des bateliers et de leurs grandes barques chargées de pierres, de sable, de bois ou de plâtre, garde une place privilégiée dans l’album souvenir des populations riveraines du lac.
L’origine des barques qui ont sillonné le Léman, mais aussi les lacs d’Annecy et du Bourget, reste controversée. On note une similitude avec les galères méditerranéennes qui équipaient la flotte guerrière des Ducs de Savoie au XVIe siècle.
L’apogée des barques se situe au XIXe siècle et au début du XXe. Vers 1900, soixante-six unités étaient en service sur le Léman. Construites en grande partie à Saint-Gingolph ou au Locum, près de Meillerie, elles totalisaient une capacité de charge d’environ 5500 tonnes. Voiles latines déployées, elles traversaient le lac au rythme des vents capricieux et souvent brutaux qui agitent le Léman.
Le chemin de fer, «pernicieux» concurrent, les premiers moteurs à essence, la Grande Guerre qui vidèrent les barques et les carrières, mais aussi l’utilisation du béton à partir de 1930, se liguèrent pour les faire disparaître.
La page fut définitivement tournée entre 1945 et 1951. Une de ces très belles embarcations, la Neptune, effectua son dernier transport de pierres, avec l’aide d’un moteur, en 1968. Elle échappa à la destruction grâce à une poignée de bénévoles, soutenus par la Ville de Genève.
En proposant la reconstruction de la «Savoie», c’est un symbole de l’identité lémanique que l’on souhaite recréer. Construite à la Belotte, un chantier naval proche de Genève, par Prudent Borcard de Saint-Gingolph pour un «Peray» de Meillerie en 1896, cette barque compte parmi les plus représentatives des bateaux de ce type.
Les anciens chantiers ont aujourd’hui disparu mais le savoir-faire, par chance, demeure encore. Cela sera mis en évidence au travers d’un chantier animé, ouvert au public et implanté dans un lieu de grand passage, accessible à tous.
En prévoyant également d’étaler la construction sur deux ans, la dimension technique, historique et pédagogique est ouverte à tous*.
La mise à l’eau de la barque devra être le temps fort et sera largement médiatisé. Ce projet a besoin d’un nombre important de partenaires, tant moraux que financiers. Cette reconstruction sera un événement unique et de portée historique pour l’ensemble de la région.