'Il arrive d’Australie, il dit préparer un nouveau défi, mais nous n’en saurons pas plus pour le moment. Au cours d’un dîner à Genève, ce Seigneur de la mer se livre.
Olivier de Kersauson est le détenteur du Trophée Jules Verne, c’est-à-dire qu’il détient le record du tour du globe à la voile en équipage. En 1997, il a pulvérisé le record du Néo-Zélandais, Peter Blake. Il a gagné cette course sur Sport-Elec, un trimaran à flotteurs longs, bête de course immense, de 27 mètres de long, requérant la présence et le travail, nuit et jour, de 7 hommes pour avancer, ce qu’il fait à raison de 4 à 500 miles par jour!
La vie à bord en course
En course, il n’y a pas d’état d’âme à bord, la seule chose qui compte est de gagner. C’est-à-dire se défoncer sans faire souffrir le bateau, car sinon, ce serait prendre le risque de casser du matériel, et peut-être de perdre la vie…
L’atmosphère est très tendue, il y a peu d’espace pour chacun, et l’erreur d’un seul peut tout ruiner.
Le skipper est l’autorité suprême, et gare aux engueulades.
Il faut être en permanence aux aguets des changements de houle, de vent, de nébulosité et de couleur de la mer, qui nécessitent le réglage de toile et de cap permettant des gains de temps précieux. Chaque barreur au changement de quart reste encore quelques temps derrière son successeur, pour éviter de dévier le moins du monde du cap décidé par le skipper.
La connaissance de la météo est primordiale pour anticiper les manœuvres et choisir la meilleure route. Olivier de Kersauson fut en contact permanent avec celui qu’il qualifie de meilleur météorologue au monde, l’Américain Bob Rice, qui le conseillait depuis sa résidence du Connecticut.
Cette course, passant par le grand Sud, fut une première. Nul ne s’était encore aventuré aussi près du pôle, et le passage du trimaran dans les mers australes, glaciales, remplies de morceaux de glace gigantesques, la plupart du temps dans l’obscurité, fut une véritable prouesse qui permit d’envisager la victoire à un moment encore très éloigné de l’arrivée.
Le confort
Les conditions de course sont spartiates.
Pour aller plus vite, il faut alléger le bateau, on ne peut emporter à bord que le strict minimum, en vivres et en vêtements, bien que l’équipage doive connaître 4 saisons, en moins de deux mois et demi.
Ce souci de légèreté fera qu’à la fin de la course, les rares cigarettes restant dans les poches des moins «accros», seront troquées à prix d’or par les fumeurs contre les dernières boîtes de thon.
ljf: A propos, que mange-t’on en course?
ok: Chacun s’alimente à son heure avec des sucres lents, très peu de plats lyophilisés. On ne boit pas du tout d’alcool à bord. Pour éviter une consommation d’eau superfétatoire, l’équipage doit se déshydrater le moins possible. Il est donc contraint de rester couvert même quand le soleil tape.
Quelle est la personnalité de cet homme à la fois très connu et admiré du monde de la voile et d’un autre public qui aime le voir et l’entendre sur les ondes.
ljf: Etes-vous superstitieux?
ok: Oui. Je ne commencerai jamais une course un vendredi, même si c’est le meilleur moment selon la météo.
Il avoue avoir aussi un louis d’or sous le mât.
ljf: Etes vous croyant?
ok: Oui, je crois au bonheur.
ljf: Quels sont vos endroits préférés?
ok: Tahiti, où je vais depuis 30 ans et éprouve un plaisir extrême à naviguer dans les lagons, et en mer d’Iroise dont j’aime les rochers, où pourtant plus d’un se sont échoués.
ljf: Et la Méditerranée?
ok: Elle est trop limitée. Pour des entraînements de courses, on en a vite fait le tour à raison de 400 miles par jour!
ljf: Vous jouez un rôle actif dans le monde humanitaire, en tant qu’ambassadeur de l’UNESCO, en dénonçant le travail des enfants avec le BIT ou en patronnant la construction de la future barque du Léman, pourquoi?
ok: Parce que les enfants sont la société de demain et qu’il faut, sans bouleverser les situations actuelles trop maladroitement, favoriser l’éducation des plus démunis de la planète. Lisez le rapport de synthèse du sommet mondial des enfants, et vous verrez qu’ils veulent un monde fait d’Amour. L’éducation est la base de tout progrès futur.
ljf: Est-ce pour cela que vous collaborez à l’association vaudoise «Embarquement immédiat»?
ok: Je suis très favorable à l’idée de cette construction destinée aux enfants des écoles afin qu’ils découvrent le lac Léman et le sens de l’effort, car vivre sur un bateau, c’est partager des rêves et des efforts. Les courses ne sont que l’achèvement d’entraînements très durs pendant les 3 ou 4 années qui précèdent l’événement.
ljf: Prendrez-vous des femmes dans vos futurs équipages?
ok: Jamais! Je sais comment fonctionnent les hommes, mais pas les femmes!
Olivier de Kersauson est non seulement un marin passionné et émérite, mais il est aussi un chef d’entreprise soucieux de trouver des fonds pour améliorer la technologie, pour entretenir les équipements, payer ses hommes d’équipage, et les architectes navals.
Les impôts pleuvent, les soucis financiers existeront toujours, mais qu’importe, il devient un homme libre lorsqu’il quitte la jetée, il se transforme en «berger des vagues.»
Pour en savoir plus sur son aventure, lisez son très beau témoignage: «Tous les océans du monde, 71j. 14h. 22’. 8’’.» Collection «Documents». Le Cherche Midi. Juillet 1997, 161 pages.
Ou regarder sa cassette vidéo, éditée chez Rag/Nefertiti.
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