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Les vecteurs
de la mondialisation

Map Monde
L
'a mondialisation résulte de l'européanisation du monde, c'est une formidable expansion des nations européennes conquérant la terre et contraignant l'humanité entière à se redéfinir sous le choc de la modernité occidentale, c'est aussi la constitution de la terre entière en un espace commercial unique. De 1950 à 1995, si la production industrielle mondiale est multipliée par plus de sept, les échanges de produits manufacturés le sont par vingt-six. Ces deux évolutions spectaculaires illustrent le formidable enrichissement de la planète et, en interaction avec ce phénomène, la croissance vertigineuse des flux industriels qui sont à la base de la mondialisation.

Un système mondial d'échanges

De la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 70, l'échange international commercial, financier et technique, reste limité à l'espace occidental, Amérique du Nord et Europe de l'Ouest, le Japon étant le troisième protagoniste, regardé tout de même comme à part parce qu'asiatique et parce que s'imposant très vite dans les secteurs (des chantiers navals, de l'automobile) que les anciennes nations industrielles considéraient comme leurs. Durant ces décennies, le monde communiste se développe en autarcie; quant au reste de la planète, il se décolonise. Les années 70 enclenchent un formidable élargissement des réseaux d'échanges. L'enrichissement des économies occidentales, au cours des Trente Glorieuses (1945-1975), stimule et amplifie l'internationalisation des grandes entreprises en quête de marchés et de moyens financiers.

Les effets de la mondialisation sur notre vie

Le tourisme, dimension essentielle de la mondialisation, illustre bien cette dynamique d'industrialisation. Dès la première moitié du XIXe siècle apparaissent les premiers touristes modernes, cherchant dans le voyage l'expérience qui leur fera vivre la pluralité de la vérité (ainsi les mémoires d'un touriste de Stendhal, 1838). Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le développement de la bourgeoisie, le train, le paquebot, la création d'entreprises spécialisées - telle que l'agence Cook - font du tourisme la distraction des classes possédantes; tandis que Philéas Fogg, en gagnant son pari de faire le tour du monde en 80 jours (Jules Verne, 1873), prouve que la technique (française) relie les coins les plus perdus et unit la terre, les tribulations de la famille Fenouillard (Christophe, 1889-1895) montrent que les voyages les plus lointains sont désormais accessibles aux gens modestes. En cette fin de XIXe siècle, le tourisme se mondialise. Entre 1950 et 1990, si la population double, les déplacements touristiques sont multipliés par quatorze. Le premier signe de cette mutation de la mondialisation sur le tourisme se traduit par la création du Club Méditerranée, mettant lagons, exotisme et palmiers à la portée de tout le monde. Les avions longs-courriers, bon marchés (charters), réduisent massivement les coûts de transport. Les systèmes de réservation se globalisent jusqu'à se concentrer entre les mains de quelques opérateurs; ces derniers, manipulant des millions de commandes, acquièrent ainsi de puissantes capacités de pression sur les compagnies aériennes, au moment où celles-ci sont engagées dans une compétition mortelle.

Mondialisation et régionalisation au seuil du XIXe siècle

Tout comme la mondialisation, la régionalisation constitue l'un des traits clés de l'intégration économique de la fin du XIXe siècle, dynamique d'intégration régionale amorcée par la CEE en 1985 (achèvement du marché unique, c'est-à -dire l'élimination de tous les obstacles subsistant aux échanges au sein de la CE). L'édification de grands espaces économiques régionaux fournira aux économies, aux entreprises des Etats impliqués à la fois un stimulant, en avivant la concurrence, et un tremplin vers le marché mondial.
A l'image de la CEE, d'autres zones de libre échange se mettent en place tels que l'ALENA regroupant les Etats-Unis, le Canada et le Mexique; le MERCOSUR regroupant l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay; le Groupe Andin regroupant la Bolivie, la Colombie, l'Equateur, le Pérou et le Vénézuela; l'ASEAN comprenant Brunei, l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam. Du point de vue de la mondialisation, cette régionalisation soulève une interrogation: ces espaces d'intégration, dans la mesure où ils se concrétisent, auront-ils vocation de se fondre dans un marché universel ou se fermer sur eux mêmes, jusqu'à devenir des forteresses?

Conclusion

Rien ne serait donc plus grave que de rester immobiles face à de telles mutations. Nous sommes à la croisée des chemins: les transformations de l'économie mondiale sont là sous nos yeux. Nous avons le choix entre les subir passivement ou chercher à les maîtriser en mettant en œuvre les moyens nécessaires. In fine, utiliser la mondialisation comme une opportunité pour la France et non une fatalité. Si nous voulons aujourd'hui continuer à exister, conjurer le chômage, il est indispensable de favoriser l'émergence de groupes français mondialisés qui seront des acteurs à part entière sur les marchés concurrentiels de demain. Eviter leur prise de contrôle par des intérêts et des institutions d'étrangers, afin que la France ne devienne pas une simple succursale ou une simple annexe de pôles extérieurs.
Mais la mondialisation ne saurait être une machine à gommer les différences et effacer les cultures. Elle se devra d'être progressive et maîtrisée, à défaut elle provoquera un rejet des peuples dont il n'est peut-être pas inutile de rappeler qu'ils doivent en être les bénéficiaires et non point les victimes.

Yves Donin de Rosière


Conseiller du Commerce Extérieur
de la France en Suisse.