Editorial
Femmes

L

a femme est-elle toujours l'avenir de l'homme ?

L'évolution extraordinaire de la condition féminine depuis un demi-siècle donne à cette interrogation une actualité et, surtout, une portée évidentes.

La première guerre mondiale a mis fin à une tradition séculaire, presque exclusive, de la femme au foyer. Epouse soumise, mère de famille, ménagère, la femme a occupé, en règle générale, une place subordonnée, en tant que complément de l'homme, maître chez soi et pourvoyeur des moyens d'existence de la famille.

L'émergence du travail féminin en remplacement des hommes mobilisés en 14-18 a éveillé les consciences et les ambitions des jeunes générations d'alors, qui se sont traduites par des revendications d'indépendance et d'accès aux études et professions, jusque-là presque entièrement réservées à la gent masculine. La femme-objet de naguère s'est progressivement acheminée vers une autonomie relative que l'égalité des droits civiques, instituée, pour l'essentiel, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, a définitivement consacrée. 1968 a fait le reste.

La société occidentale d'aujourd'hui est sensiblement différente de celle d'hier. La femme nouvelle y occupe un espace et y exerce une influence d'ores et déjà comparables à celles de l'homme. L'un des facteurs majeurs, ayant contribué à cette mutation, a été l'introduction de la pilule contraceptive, antidote puissant à la condition de dépendance. Cette nouvelle donne a cependant produit des effets pervers, mais propres à entraîner des conséquences inattendues. Les moeurs ont changé et avec elles les comportements et, surtout, les structures psychologiques. La femme «libérée» a déstabilisé l'homme. Ebranlement des fondements de la famille, banalisation et prolifération des divorces et foyers mono-parentaux, extension de l'homosexualité, intrusion professionnelle de la femme à tous les niveaux et chômage accru subséquent, enfin, un curieux affaiblissement de l'ego masculin, telles sont, parmi d'autres, les conséquences de l'émergence de la femme-sujet. Il n'y a d'ailleurs aucun doute que cette évolution est en voie d'accentuation.

L'inversion des conditions historiques du rapport hommes-femmes permet-elle encore à l'homme d'espérer qu'il sera demain l'avenir de la femme ? La question est posée, la réponse demeure incertaine.

J. P. François


La voix de Cassandre

U

n vieux dicton affirme que «gouverner, c'est prévoir». La prévision efficace doit impérativement distinguer l'essentiel de l'accessoire.

Dans la hiérarchie des problèmes fondamentaux pour l'avenir de la France, de l'Europe, voire de l'Occident, le déficit démographique vient assurément en tête, à moyen terme. L'écologie, c'est-à-dire les conditions de la vie, sinon de la survie, sur notre planète pourraient, à long terme, lui disputer la première place.

Hélas, nos citoyens sont trop impliqués et occupés par le quotidien. Les médias matraquent les esprits avec des catastrophes, scandales et querelles subalternes, la classe politique, toutes sensibilités confondues, navigue entre suspenses électoraux et petites phrases assassines, les intellectuels à vocation élitaire soignent leur image par l'abstraction plutôt que par l'action.

Malheureusement, la mise en place d'une politique efficace pour remédier aux risques d'une gravité certaine est différée, sinon négligée, au profit de mesures, certes utiles, mais marquées au sceau de la myopie, en comparaison des nécessités impérieuses, propres à assurer un sain avenir à nos peuples.

Il est vrai que la condition fondamentale de l'acceptation de toute politique à long terme, relative à des problèmes majeurs, est d'abord la compréhension par les citoyens des enjeux pour les générations à venir. Or, cette compréhension ne peut résulter que d'un effort pédagogique considérable, sans doute peu rémunérateur au plan électoral. Il s'agit, en réalité, de réformer la mentalité ambiante, foncièrement égoïste, prisonnière de routines ou habituée à des rentes de situation, voire d'assistanat.

La recette de la Rome antique, «panem et circenses», - du pain et des jeux - est plus rentable pour un pouvoir en place, que celle qui veut que seuls l'effort et les sacrifices ouvrent la voie des étoiles. Peu nombreux, hélas ! sont les conducteurs ou élus des peuples qui se soucient de l'évolution quantitative et qualitative de la population, de sa santé future, de la création de conditions d'existence, exemptes de nocivité. Les lendemains importent généralement plus que les surlendemains et le droit au bonheur de tous cède trop souvent le pas au souci de l'intérêt personnel de quelques-uns.

La démocratie telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui est-elle encore le gage d'un avenir digne de notre Histoire ?