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L'euro, une chance pour la France


Plusieurs échéances importantes vont marquer la construction européenne ces prochains mois. En effet, l'accent sera mis -notamment-

sur l'élargissement de l'Europe à l'Est, la définition d'une politique étrangère et de sécurité commune ainsi que la construction d'une Europe sociale et humaine

à l'image de ce qu'a proposé Jacques Chirac à ses quinze partenaires dans son «Mémorandum pour une Europe sociale».

C'est pourtant sur l'un des plus cruciaux défis communautaires de ces prochaines années que nous allons focaliser notre attention. Il s'agit du passage à la monnaie unique qui devrait s'opérer progressivement, et ce, dès le printemps 1998.

Pour lutter contre les idées reçues

Il faut savoir que:

- actuellement, le franc français n'est pas surévalué par rapport au mark. Le cas échéant, la France ne dégagerait pas un excédent de 8 milliards dans son commerce avec l'Allemagne. De plus, force est de constater que le taux de change entre le franc et le mark reste stable depuis deux ans.

- Si les marchés percevaient le franc comme surévalué par rapport au mark, notre monnaie serait attaquée de toutes parts, ce qui contraindrait la France à la dévaluation, comme cela a été le cas pour l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie.

- La meilleure parité entre le franc et le mark est celle qui assure des taux d'intérêts bas favorables à l'investissement (critère largement rempli par la France).

Le véritable problème est celui de la sous-évaluation du dollar:

- sur les marchés internationaux, cet état de fait gêne plus la France que l'Allemagne, parce que nos produits sont souvent concurrents des produits américains (industrie aéronautique et spatiale, industrie agro-alimentaire, industrie des télécommunications, industrie de défense...), alors que les produits allemands occupent d'autres créneaux de marché.

- En fait, l'euro se présente comme notre seule chance de peser face au dollar, car en l'absence de tout autre bloc monétaire fort, les Etats-Unis utilisent le dollar au mieux de leurs intérêts économiques. Le résultat est que 48% des exportations mondiales sont réglées en dollars : la moitié du commerce mondial devient ainsi tributaire des intérêts américains.

- L'euro, monnaie de réserve, assurera à l'UE une fonction économique internationale. A l'heure actuelle, seul le dollar est une monnaie de réserve, ce qui lui permet de varier aux gré des Etats-Unis et de mettre en difficulté nombre d'entreprises concurrentes.

L'euro, un puissant outil de lutte contre les fluctuations monétaires

- Les échanges extérieurs de la France représentent 25% de notre Produit Intérieur Brut, en clair cela veut dire qu'un quart du PIB de la France est soumis aux fluctuations monétaires.

- Les échanges de la France avec les pays non membres de l'Union Européenne ne représentent que 8% de son PIB. Cela veut dire qu'environ 90% de ce dernier sera à l'abri des fluctuations monétaires dès la mise en place de l'euro

- 70% de toutes les exportations des entreprises françaises se font en direction des pays de l'Union Européenne. Disposer d'une monnaie unique sera donc un facteur de stabilité économique et monétaire important pour nos entreprises, car cela leur permettra:

i. de supprimer les risques et les effets de change;

ii. d'économiser les charges énormes liées aux opérations de change dont les coûts sont évalués à 8 milliards de francs français, soit l'équivalent de 75.000 emplois payés au SMIC;

iii. de libeller leurs factures en euros et non plus en dollars (toutes les ventes d'Airbus, par exemple, sont libellées en dollars);

iv. d'éliminer, entre les pays membres de l'euro, les dévaluations compétitives qui, par le passé, ont gravement pénalisé les entreprises françaises;

v.de limiter les variations pour les monnaies en usage dans les pays membres de l'UE, mais néanmoins pas dans l'euro à 2,5%, pour éviter toute concurrence déloyale.

Quels avantages pour la France en termes de croissance et d'emploi ?

Une monnaie européenne stable et crédible, des taux d'intérêts raisonnables, l'assainissement des finances publiques, la diminution des charges sociales des entreprises, sont autant d'atouts qui favoriseront une croissance économique durable, une augmentation de la consommation, une hausse des investissements, in fine: la création d'emplois en France.

Yves Donin de Rosière


Le calendrier de la mise en place de l'euro

  • Printemps 1998: détermination de la liste des pays remplissant les critères de la monnaie unique, puis nomination du directoire de la Banque centrale européenne qui entrera en fonction le 1er janvier 1999;
  • 1er janvier 1999 - 1er janvier 2002 (période transitoire): fixation des parités entre les monnaies, mise en |uvre d'une politique monétaire et de change en euro. L'euro est créé, mais le franc reste en circulation;
  • 1er janvier 2002: introduction des billets et des pièces en euro;
  • 1er juillet 2002: seuls les billets et les pièces libellés en euro auront cours.