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L es élections législatives ont eu lieu. Les feux sont éteints. Tout a été dit et le contraire de tout. La France a changé d'avenir, mais le poids du passé continue à peser. Les hommes passent, les problèmes restent. Certains sont banals - ceux dont on parle le plus - d'autres, essentiels, appellent moins de commentaires. C'est en prenant du recul et de la hauteur qu'on en mesure la dimension véritable.Evoquons trois constats: - Près de la moitié du peuple français se distancie ou se désintéresse de la politique, censée façonner son destin. - Le fondement de la Cinquième République - le pouvoir présidentiel - est remis en question. - Un extrémisme en expansion et son pouvoir d'attraction parmi toutes les couches sociales menacent, à terme, la démocratie. La désaffection des Français pour la politique s'est manifestée par l'abstention, le vote nul, voire l'absence d'inscription sur les listes électorales de 46 citoyens sur 100. Les distorsions, dues à la loi électorale applicable aux élections législatives et l'iniquité qui la caractérise ne sont pas étrangères à ce comportement. Mais le discrédit résultant, pour la classe politique, des affaires, du cumul des mandats, générateur de multiples dérives et, last but not least, un évident cynisme dont témoignent les promesses reniées, sapent la confiance indispensable des citoyens. La dissolution-boomerang du Parlement et sa conséquence, une cohabitation d'un nouveau type imposée à l'Elysée, ont, à l'évidence, grandement affaibli le pouvoir jupitérien du Président, tel que de Gaulle l'avait conçu. Les véritables rênes de l'Etat sont désormais entre les mains du locataire de Matignon. Cette mutation, qui préfigure peut-être le crépuscule de la Cinquième République, conduira vraisemblablement à la réduction à cinq ans du mandat présidentiel avec, pour corollaire, une modernisation inéluctable des institutions. L' échec de la stratégie présidentielle soulève un autre problème et non des moindres: la restructuration de la fraction conservatrice des partis représentant le peuple français, qui reste, comme par le passé, majoritaire, si l'on y inclut les électeurs du Front National.La tentation d'un rapprochement, voire d'une alliance électorale qu'une révision du scrutin pourrait rendre plus aisée, dans le but d'une reconquête du pouvoir perdu, constituent une hypothèse loin d'être absurde. Hélas, comme souvent en pareille circonstance, ce sont les éléments les plus extrémistes, donc les plus déterminés, qui risqueraient de dominer pareille coalition, avec toutes les menaces sous-jacentes pour la démocratie. I l reste à former un v|u: puisse cette troisième cohabitation, par sa réussite, démentir les craintes qu'inspire le récent raz-de-marée. Souhaitons que la devise fluctuat nec mergitur réponde derechef à notre espérance. Bon vent à la nef des Français ! |