Editorial

Après plus de trois années en tant qu'Ambassadeur de France en Espagne, je me félicite de me trouver aujourd'hui en Suisse, pays de tout autre culture et tradition, à la tête d'une Ambassade établie dès 1522, soit cinq ans après la signature de l'&laqnoAlliance perpétuelle» entre nos deux pays.

Sous l'angle politique, nous ne sommes en effet ni alliés, ni associés, mais éminemment voisins et amis. Voisins physiquement, puisque nous avons près de 130.000 citoyens helvétiques en France, ce qui représente à peu près le quart de la Suisse de l'étranger et qu'il y a environ 110'000 Français vivant en Suisse et près de 80'000 frontaliers. Cette situation reflète un voisinage également moral et politique, alors même que la France est membre de l'ONU, de l'Alliance atlantique et de l'Union européenne, et que la Suisse, par son libre choix, en est restée à l'écart. Nous avons l'espoir de nous associer plus étroitement au sein de l'Europe, et cela, peut-être prochainement, si les négociations sectorielles aboutissent avec l'UE. Mais ce qui nous rapproche sans doute le plus, c'est une adhésion ancienne aux mêmes valeurs, que nous défendons, notamment aujourd'hui, au sein du Conseil de l'Europe ou de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), qu'a présidée, en 1996, la Confédération Helvétique. Dans la période troublée et souvent conflictuelle que nous connaissons, en particulier en Europe du sud-est, cette collaboration est et restera précieuse.

Il est nécessaire, évidemment, de mieux comprendre encore la Suisse romande, celle de nos frères de langue et de culture, mais profondément originaux par leur histoire, leur politique, leurs traditions. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire dans le journal d'Amiel l'idée que lui-même se faisait des Français. Mais il nous appartient également de comprendre et de mieux pénétrer la Suisse alémanique, pleine de curiosité et d'intérêts bienveillants à notre égard. Mon action à la tête de cette Ambassade sera toujours guidée par le souci de sensibiliser les milieux politiques, comme les entreprises, à la diversité géographique, économique et humaine de la Confédération, laquelle ne s'impose pas toujours avec la même évidence qu'en ce qui concerne la beauté de ses paysages naturels.

Il apparaît, par ailleurs, que l'ouverture, déjà réalisée, de la Suisse au reste du monde, imposée largement, au demeurant, par une concurrence internationale de plus en plus vive, n'a pas modifié sensiblement l'identité d'un pays qui puise également sa force dans l'originalité de ses institutions. C'est pourquoi, face à ce processus de mondialisation auquel la France elle aussi se trouve confrontée, le voisinage entre nos deux pays ne pourrait que s'enrichir encore d'une certaine forme d'intégration de la Confédération au sein de l'Union européenne.


André GADAUD
Ambassadeur de France en Suisse