Les 6 hépatites virales :
État des connaissances et conseils pratiques en 1997

Professeur Thierry Poynard, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière, Paris

Introduction

L'histoire des hépatites, après le drame du SIDA, est un autre exemple de nouvelles maladies transmissibles récemment découvertes et tout aussi menaçantes pour la santé publique à l'échelle mondiale. Jusqu'aux années 1970, les hépatites étaient des maladies négligées, inexpliquées et sous-estimées, uniquement évoquées lorsque le sujet contaminé était complètement jaune. Ce n'est qu'à partir de la fin des années 1960 que 2 virus ont été suspectés : un transmis par l'eau "virus de l'hépatite A" et un transmis par le sang "virus de l'hépatite B".

Les dernières années ont vu une véritable explosion de nos connaissances permettant d'identifier au moins 6 virus, de mieux comprendre leur mode de transmission (sang, drogue, sexualité, eau), de montrer que ces virus étaient responsables de nombreuses maladies et, en particulier, à long terme, de cirrhose et de cancer du foie, de mettre sur le marché deux vaccins pour l'hépatite A et B, deux traitements pour l'hépatite B (interféron et vidarabine), un traitement pour l'hépatite C (interféron) et un traitement pour l'hépatite D (interféron).

Commentaires sur les différences épidémiologiques :
"virus du sang et virus de l'eau"

Il existe d'un côté les virus transmis par le sang et les produits dérivés du sang, les virus B, C, D et G et de l'autre côté, les virus transmis essentiellement par l'eau : A et E.

Les virus transmis par le sang sont présents de façon chronique dans les cellules sanguines, ce qui explique cette transmission par les transfusions mais aussi par la toxicomanie lorsque les seringues sont partagées. La transmission sexuelle et de la mère à l'enfant est très fréquente pour les virus B et D. La rareté de la transmission sexuelle du virus C est peut-être explicable par sa faible concentration.

Comment se protéger contre ces virus ?

Virus A
Pour le virus A, ses conséquences sont presque toujours bénignes. La vaccination est recommandée chez les enfants ou chez les adolescents au moment des premiers voyages.

Virus B
Pour le virus B, qui est potentiellement mortel, la vaccination est la solution idéale. Les vaccins disponibles sont très efficaces et pris en charge à 65 %. La contre-indication à ce vaccin est la sclérose en plaque. La récente intégration de ce vaccin dans le calendrier vaccinal de nos enfants va permettre son éradication. L'hygiène courante et l'utilisation du préservatif participent également à la protection.

Virus C
Le virus C est le plus inquiétant car il n'existe pas de vaccin, ce virus est silencieux pendant des dizaines d'années et les facteurs de risque ne sont pas tous connus. Malheureusement, en France, seulement 20 % des 600'000 Français contaminés par le virus C ont été identifiés. Ce n'est malheureusement que très tardivement que peuvent survenir les premiers signes, au stade de cirrhose décompensée. Le retard au diagnostic est également lié à l'absence de facteur risque évident dans près de la moitié des sujets infectés. Bien sûr, un sujet massivement transfusé va être sensibilisé ; par contre, s'il existe simplement un antécédent ancien d'opération, le sujet ne se sent pas concerné. De même, une lointaine expérience unique d'injection d'héroïne à l'adolescence n'est pas vécue comme un facteur de risque majeur. Le dépistage doit être large, il est effectué par une simple prise de sang. Le test est très fiable et remboursé. En cas de négativité, il est inutile de le renouveler car, contrairement au SIDA, la transmission sexuelle est très rare et les risques de transmission par du matériel de soin non jetable sont maintenant mieux connus. Ce dépistage est utile car il existe un traitement efficace pour les formes actives de la maladie, car si vous êtes porteur du virus, vous pouvez le transmettre et, d'autre part, la consommation d'alcool peut aggraver les lésions du foie.

Virus D
Pour l'hépatite D (Delta), sa prévention passe par celle du virus B car le virus D est un virus "parasite" qui ne peut vivre qu'à l'intérieur du virus B.

Virus E
Pour l'hépatite E, qui est exceptionnelle en France, les précautions sont celles des voyageurs dans les pays en voie de développement. Il ne faut jamais consommer d'eau ou d'aliments préparés avec de l'eau non bouillie.

Virus G
Le virus G est le tout dernier virus isolé en 1995. C'est un "cousin" du virus C très fréquent mais il ne semble pas provoquer de maladie chronique du foie susceptible d'évoluer vers la cirrhose.

Conclusions ciblées pour les résidents français à l'étranger :

Compte tenu des connaissances actuelles sur ces différents virus, les Français vivant à l'étranger sont plus exposés au risque, non pas pour leur propre hygiène de vie mais pour leur environnement spécifique. Cet environnement peut les exposer aux virus transmis par l'eau ou par les systèmes de soins. Il existe, par exemple, des pays où, pour des raisons budgétaires, le virus C n'est pas dépisté chez les donneurs de sang. Dès lors, 3 recommandations me semblent importantes : dépistage systématique, au moins une fois pour le virus C et vaccinations contre les virus A et B.


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