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Professeur Thierry Poynard, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière, Paris
Introduction
L'histoire des hépatites, après le drame du SIDA, est un autre exemple de nouvelles maladies transmissibles récemment découvertes et tout aussi menaçantes pour la santé publique à l'échelle mondiale. Jusqu'aux années 1970, les hépatites étaient des maladies négligées, inexpliquées et sous-estimées, uniquement évoquées lorsque le sujet contaminé était complètement jaune. Ce n'est qu'à partir de la fin des années 1960 que 2 virus ont été suspectés : un transmis par l'eau "virus de l'hépatite A" et un transmis par le sang "virus de l'hépatite B".
Les dernières années ont vu une véritable explosion de nos connaissances permettant d'identifier au moins 6 virus, de mieux comprendre leur mode de transmission (sang, drogue, sexualité, eau), de montrer que ces virus étaient responsables de nombreuses maladies et, en particulier, à long terme, de cirrhose et de cancer du foie, de mettre sur le marché deux vaccins pour l'hépatite A et B, deux traitements pour l'hépatite B (interféron et vidarabine), un traitement pour l'hépatite C (interféron) et un traitement pour l'hépatite D (interféron).
Commentaires sur les différences épidémiologiques
:
"virus du sang et virus de l'eau"
Il existe d'un côté les virus transmis par le sang et les produits dérivés du sang, les virus B, C, D et G et de l'autre côté, les virus transmis essentiellement par l'eau : A et E.
Les virus transmis par le sang sont présents de façon chronique dans les cellules sanguines, ce qui explique cette transmission par les transfusions mais aussi par la toxicomanie lorsque les seringues sont partagées. La transmission sexuelle et de la mère à l'enfant est très fréquente pour les virus B et D. La rareté de la transmission sexuelle du virus C est peut-être explicable par sa faible concentration.
Comment se protéger contre ces virus ?
Virus A
Pour le virus A, ses conséquences sont presque toujours bénignes.
La vaccination est recommandée chez les enfants ou chez les adolescents
au moment des premiers voyages.
Virus B
Pour le virus B, qui est potentiellement mortel, la vaccination est la solution
idéale. Les vaccins disponibles sont très efficaces et pris
en charge à 65 %. La contre-indication à ce vaccin est la
sclérose en plaque. La récente intégration de ce vaccin
dans le calendrier vaccinal de nos enfants va permettre son éradication.
L'hygiène courante et l'utilisation du préservatif participent
également à la protection.
Virus C
Le virus C est le plus inquiétant car il n'existe pas de vaccin,
ce virus est silencieux pendant des dizaines d'années et les facteurs
de risque ne sont pas tous connus. Malheureusement, en France, seulement
20 % des 600'000 Français contaminés par le virus C ont été
identifiés. Ce n'est malheureusement que très tardivement
que peuvent survenir les premiers signes, au stade de cirrhose décompensée.
Le retard au diagnostic est également lié à l'absence
de facteur risque évident dans près de la moitié des
sujets infectés. Bien sûr, un sujet massivement transfusé
va être sensibilisé ; par contre, s'il existe simplement un
antécédent ancien d'opération, le sujet ne se sent
pas concerné. De même, une lointaine expérience unique
d'injection d'héroïne à l'adolescence n'est pas vécue
comme un facteur de risque majeur. Le dépistage doit être large,
il est effectué par une simple prise de sang. Le test est très
fiable et remboursé. En cas de négativité, il est inutile
de le renouveler car, contrairement au SIDA, la transmission sexuelle est
très rare et les risques de transmission par du matériel de
soin non jetable sont maintenant mieux connus. Ce dépistage est utile
car il existe un traitement efficace pour les formes actives de la maladie,
car si vous êtes porteur du virus, vous pouvez le transmettre et,
d'autre part, la consommation d'alcool peut aggraver les lésions
du foie.
Virus D
Pour l'hépatite D (Delta), sa prévention passe par celle du
virus B car le virus D est un virus "parasite" qui ne peut vivre
qu'à l'intérieur du virus B.
Virus E
Pour l'hépatite E, qui est exceptionnelle en France, les précautions
sont celles des voyageurs dans les pays en voie de développement.
Il ne faut jamais consommer d'eau ou d'aliments préparés avec
de l'eau non bouillie.
Virus G
Le virus G est le tout dernier virus isolé en 1995. C'est un "cousin"
du virus C très fréquent mais il ne semble pas provoquer de
maladie chronique du foie susceptible d'évoluer vers la cirrhose.
Conclusions ciblées pour les résidents français à l'étranger :
Compte tenu des connaissances actuelles sur ces différents virus, les Français vivant à l'étranger sont plus exposés au risque, non pas pour leur propre hygiène de vie mais pour leur environnement spécifique. Cet environnement peut les exposer aux virus transmis par l'eau ou par les systèmes de soins. Il existe, par exemple, des pays où, pour des raisons budgétaires, le virus C n'est pas dépisté chez les donneurs de sang. Dès lors, 3 recommandations me semblent importantes : dépistage systématique, au moins une fois pour le virus C et vaccinations contre les virus A et B.