Romanesque et dépaysant:

Le Démon du Nô
de Nobuko Albery
Roman traduit de l’anglais
Gallimard du monde
entier.355pages.1988

Le théatre Nô est universellement connu mais laisse la plupart du temps aux Occidentaux qui ont assisté à une de ses représentations au Japon, un sentiment d’incompréhension face à un public japonais très amateur. L’auteur - c’est une japonaise - de ce roman nous conte, avec beaucoup de tact, l’histoire de cette famille d’acteurs fameux, les Kanzé, qui créèrent cette nouvelle forme de théatre au péril de leur vie dans le Japon du 14e siècle. Bénéficiant de l’appui du très puissant Yoshimitsu , le troisième shogun Ashikaga, amateur de plus en plus passionné de ce nouveau répertoire, ces artistes accédèrent de leur vivant à la reconnaissance et même à la gloire. Nobuko Albéry retrace cette épopée avec délicatesse et poésie, de sa plume qui est presque un pinceau, elle redonne vie à tous ces personnages de légende en s’attachant à recréer les atmosphères des épisodes de la vie de ses héros selon les saisons, les différentes heures de la journée et les paysages variés, transformant la lecture de ce livre en un passionnant voyage initiatique au Japon.

Beau et à offrir:

Un Livre d’Art
de Christian VELLAS
et Gérard CHARDONNE
Genève, Vieille Villle,
Vieilles Rues,
SLATKINE.1999.215 pages.

De nos jours, la vieille ville de Genève est un endroit un peu mystérieux, loin de la Genève internationale, ou du quartier des banques et des commerces, qui conserve un aspect sévère à l’ombre de la cathédrale St Pierre, de ses maisons de bourg ou de ses hotels particuliers. Le livre de Christian Vellas, écrivain et de Gérard Chardonnens, photographe, répond à l’ attente de promeneurs nostalgiques , esthètes et amoureux de ces quelques rues remplies de fantômes célèbres plus ou moins oubliés. En privilégiant les anecdotes, face à de très belles photos en noir et blanc, ce livre, à coup sûr, sera un cadeau agréable pour ceux et celles qui fûrent peut-être des habitants temporaires de Genève, trop pressés et trop préoccuppés pour s’imprégner de la vue et de la description d’autant de lieux de mémoire sur un territoire aussi restreint.

Sentimental et Emouvant:

En Lisant Tourgueniev
Roman de William TREVOR.
PHEBUS.236 pages
traduit de l’anglais.

Marie-Louise,l’héroïne du roman, en épousant très jeune, un parti plus agé, faible et lâche, d’une famille plus aisée qu’elle, va vivre un enfer sans qu’aucun indice ne le laisse supposer à quiconque réside dans cette étouffante petite ville irlandaise dans les années cinquante. Pour fuir les mesquineries et les âchetés de ses bourreaux, personnes bien convenables au demeurant, l’héroïne va dissimuler un grand amour qui lui, aussi hélas, sera sans issue et sans espoir. II ne restera plus alors à Marie-Louise qu’à se réfugier dans la folie pour prolonger les quelques bribes de moments heureux de sa vie sentimentale tellement gachée.L’art de W. TREVOR est de créer un suspense et une atmosphère de plus en plus glauque au fur à mesure que l’intrigue progresse. Cette histoire, faussement simple, découpée en de nombreux petits chapitres, devient, au fil des pages, un drame émouvant et très habilement conduit.

Au retour de Palmyre en Syrie:

MARGA, Comtesse de Palmyre, une authentique aventurière française.
de Marie-Cécile de Taillac.
Roman. Belfond.avril 1999.
245 pages.

Quand on visite l’oasis de Palmyre en Syrie, on est surpris de trouver, dans le vestibule et dans la salle à manger du vieil hôtel Zénobie, quelques meubles basques, insolites à des
milliers de kilomètres de la France! Et pourtant, cela devient plus compréhensible quand on apprend, grace à ce livre, que c’était le comte et la comtesse d’Andurrain, des Français d’origine basque, qui dirigeaient cet hôtel dans les années trente. La vie de Marguerite d’Andurrain fut un roman qui pourrait devenir un film d’aventure fantastique, sur fond de désert,
d’espionnage, d’adultères multiples et variés, et, bien entendu, de suspense car cette audacieuse rebelle n’hésitait pas, à tout moment, à enfreindre les lois et les règlements quand
quelquechose ou quelqu’un contrariait ses envies ou ses plans! Après les disparitions de ses maris sans explications très claires (on l’accusa d’y avoir contribué) cette héroïne eut, elle aussi, une fin tragique : on la trouva noyée dans le port de Tanger, où son assassin l’avait passée par-dessus bord de son yacht après l’avoir dévalisée...
Marie-Cécile de Taillac nous dévoile la vie de cette héroïne avec sobriété et élégance et arrive à nous rendre sympatique celle qui, au début du 20e siècle, avait osé rejeter le poids d’un conformisme familial insoutenable à ses yeux. La vie de la comtesse d’Andurrain aurait pu sortir de l’imagination d’une Agatha Christie, avec les morts de ses proches en Syrie, ces énigmes multiples, ces intrigues sentimentales sur fond d’espionnage. On peut vraiment affirmer dans son cas que la réalité dépassa de loin la fiction !

Un plongeon dans la situation économique mondiale contemporaine:

Le Turbocapitalisme.
Les gagnants et les perdants
de l’économie globale.
306pages.Editions Odile Jacob.
de E.N. LUTTWAK;traduit de
l’américain; avril 1999.306 pages.

A longueur de semaines,la presse et les autres médias ne cessent depuis quelques années d’annoncer des restructurations d’entreprises dans le secteur industriel ou celui des services des pays les plus industrialisés.A grand renfort de statistiques sur le profil de ces futurs mastodontes, de nombreux licenciements sont programmés au nom de l’efficacité et de la garantie donnée aux actionnaires de ces firmes de l’augmentation des profits à venir. Pas de doute, on est entré dans l’ère du TURBOCAPITALISME selon E.LUTTWAK accompagné du retrait de l’Etat, de la mondialisation, et de l’informatisation des tâches administratives. Depuis l’effondrement des économies socialistes, ce système économique gagne de plus en plus d’adeptes, mais est-ce un bien pour les sociétés? En réponse à cette question, l’intérêt du livre est d’analyser les différents inconvénients notoires d’un tel système dans des pays comme les Etats Unis, le Japon ou certains pays d’Europe et de faire réfléchir les lecteurs aux nuisances plus ou moins visibles qu’ il génère. Premier déséquilibre dénoncé par l’auteur: l’accroissement de plus en plus deséquilibré des revenus au sein de la société. Deuxième déséquilibre: le gonflement du secteur financier et boursier sans commune mesure avec le développement de l’économie réelle. Troisième déséquilibre: l’accélération dans le rythme du changement structurel, quel que soit, par ailleurs, le taux de croissance économique. En conséquence, les mutations liées aux innovations ne se déroulent plus à l’échelle d’une génération ou de deux, mais se produisent en quelques années et dépassent souvent les capacités d’adaptation des individus, des familles et de tous les groupes humains. L’insécurité économique ressentie par chacun augmente de plus en plus et la pauvreté réapparait dans nos sociétés postindustrielles ce qui génère à son tour une demande de plus en plus forte de la part des citoyens inquiets d’interdire et de punir. Autrement dit selon l’auteur, à marché libre, société moins libre.

Par Anne-Marie TREMEAUD