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CROSSAIR
UNE DYNAMIQUE DE LA REGION
Bref historique
Le 14 février 1975, Moritz Suter et Peter Kalt fondent la
société "Business Flyers Basel SA" au capital
de 65'000 francs. Ils commencent avec un bimoteur Cessna 320 et un biplace
Piper L4 de 1943. En 1978, Moritz Suter présente son projet à
la Direction générale de Swissair qui réagit très
positivement. "Business Flyers Basel SA" devient "Crossair".
En 1983 le capital est porté à 50 millions. Crossair est introduite
en bourse, les lignes et les avions se multiplient. En 1984, la compagnie
se dote de Saab-Fairchild et adhère à l'IATA. En 1989, le
capital est porté à 215 millions. En 1990, le cap du million
de passagers est franchi. En 1991, Swissair devient majoritaire et Crossair
s'installe dans l'aéroport de Bâle-Mulhouse. En 1992, elle
effectue la première liaison par Jet avec le London City Airport.
En 1994, le cap des deux millions de passagers est franchi. En 1995, Swissair
et Crossair réorganisent leurs activités : Crossair se chargera
des vols de moins de 100 places. Son capital est porté à 328,5
millions et elle réalise un chiffre d'affaires de 465 millions de
francs suisses avec un bénéfice de 17,5 millions. En 1996,
le cap des 4 millions de passagers est atteint. Les résultats de
1996 ne sont pas encore connus mais devraient être excellents.
Début 1997, la flotte comprend 62 appareils, dessert 64 lignes dans 21 pays et occupe 2400 employés. La compagnie prévoit de transporter 4,5 millions de personnes. La participation de Swissair atteint désormais 72 %. Entendons M. Moritz Suter, Fondateur et Directeur de la compagnie, entrepreneur au charisme certain et aimable en toutes circonstances.
Interview de M. Moritz SUTER
Fondateur et Directeur de Crossair. Formation de pilote de ligne en Suisse, Grande-Bretagne et Pays-Bas.
JF. Pensez-vous que Crossair pourra continuer son expansion qui est constante depuis 17 ans ?
M. Suter : Nous devons pouvoir continuer : les grandes compagnies sont obligées de se séparer de lignes sur lesquelles elles subissent des pertes. Ces lignes peuvent être rentables pour nous car nous avons une autre conception de l'exploitation, une autre structure de frais. Un des avantages de Crossair réside en des frais d'opération relativement bas, ce qui permet à la société de continuer à se développer.
JF. Vous avez récemment renoncé à plusieurs lignes.
M. Suter : Pour plusieurs raisons : par exemple, les autorités italiennes ne nous ont pas renouvelé la concession pour les lignes Lugano-Naples et Lugano-Bologne. Mais, sur l'Italie, Lugano-Venise et Lugano-Florence continuent. Lugano reste une base importante, nous y employons 208 personnes et ne comptons pas y réduire les activités.
JF. Swissair est devenue actionnaire majoritaire de Crossair.
Quelles sont les relations ?
M. Suter : Il n'y a pas de raison d'avoir des problèmes : Swissair et Crossair ont des produits complémentaires. Je pense que la prise de participation par Swissair est essentiellement due à la décision de l'Union Européenne, en fin 1987, de libéraliser le trafic aérien pour le 1er janvier 1992. Le but était d'offrir sur le marché un produit plus large, de permettre l'augmentation du nombre de lignes et de faire baisser les tarifs. Crossair étant très compétitive, elle aurait pu créer un problème si la déréglementation arrivait en Suisse. Préférant une solution constructive, Swissair a pris une participation et réparti le marché.
JF. Comment réagissez-vous à la déréglementation ?
M. Suter : Nous sommes plus ou moins coincés du point de vue des prix. Les négociations étant toujours bilatérales, il est long et pénible de faire accepter un changement de tarif. De plus, il y a beaucoup de problèmes de dumping qu'il est très difficile de prouver. Par ailleurs, certains pays nous font des difficultés parce que nous ne sommes pas ressortissants de l'Union Européenne, alors que cela se passe parfaitement bien avec d'autres.
JF. Tablez-vous sur un produit de qualité ?
M. Suter : Nous ne sommes pas dans la ligne "tarif bas et mauvais produit". Tous nos appareils sont munis de sièges de cuir, un personnel aimable sert du champagne, du jus d'orange frais, nous soignons l'exactitude. En fin 1996, nos contrôles qualificatifs auprès de la clientèle ont été positifs.
JF. Quelle est votre concurrence ?
M. Suter : Les compagnies subventionnées (avec approbation de Bruxelles !), celles qui offrent une surcapacité, qui font du dumping et qui vendent d'autres activités. A ce sujet, une plainte à été déposée Bruxelles. Pour moi, une compagnie aérienne qui subit des pertes ou qui est subventionnée fait du dumping. C'est le marché qui doit faire les tarifs.
JF. Recherchez-vous des alliances ?
M. Suter : Je ne les recherche pas spécialement. Il y a coopération si nous y trouvons un intérêt mutuel. Sur Genève-Bordeaux par exemple, nous partageons les risques avec Régional Air. Parfois, nous nous intéressons à faire quelque chose en commun, comme avec Starter, basé en Alsace.
JF. Qu'est que le Cross Travel Club ?
M. Suter : Nous voulons offrir aux actionnaires et membres du club des vols-croisières à bord d'un MD80 configuré en 1e classe, avec son équipage pour deux semaines. Nous commençons par un tour de l'Afrique. Ensuite, nous prévoyons l'Orient, la Chine, l'Australie.
JF. Quels sont les problèmes actuels de votre profession ?
M. Suter : Le revenu par passager est continuellement en baisse et les charges augmentent. Les recettes au siège / km ont baissé de 22 % en 1 an. D'un autre côté, le contrôle aérien par exemple, qui représente 9 % du coût, a augmenté de 67 % entre 1990 et 1996. Dans le même temps, les tarifs ont été réduits de 45 %.
JF. Comment voyez-vous l'avenir ?
M. Suter : Nous avons une structure de frais des plus compétitives en Europe, un bon produit, une bonne organisation, une bonne équipe. L'entreprise est en bonne forme et nous pouvons donc aborder l'avenir avec confiance.
JF. Une remarque pour finir ?
M. Suter : Il est indispensable de ménager et de valoriser nos collaborateurs, particulièrement dans l'industrie des services.
NB. M. Suter se lève et me montre le panorama à travers les vastes baies vitrées de son bureau. Passe un avion Crossair à un jet de pierre. M. Suter me dit en souriant : "Je peux contrôler s'ils font bien les choses, mais eux peuvent vérifier si je suis au bureau..."